Santé Société

COVID-19/Chloroquine : Questions-réponses.

Le coronavirus a été créé par l’homme ; La chloroquine guérit de la COVID-19 ; Il y a moins de morts à Marseille ; Les groupes contrôles ne sont pas éthiques…

Voilà quelques affirmations qui circulent sur les réseaux sociaux.  Nous avons sélectionné les liens qui nous semblaient être les plus pertinents pour répondre simplement à ces questions. Certaines questions ont fait couler plus d’encre numérique que d’autres, et d’autres encore demandent plus de détails et précisions. La complexité de la situation actuelle est que bien souvent ces questions n’ont pas de réponses fermes, voire définitives. Nous faisons ici un point des connaissances à un instant T, cela pourrait évoluer.

En effet, notre démarche est aussi d’essayer de réhabiliter l’incertitude, car cela ouvre la porte à la nuance et à une pensée moins binaire (vrai/faux). L’incertitude n’est pas une tare, elle est au contraire ce qui nous fait avancer, elle est la mère de la curiosité et des découvertes, alors que la certitude est ce qui nous enferme dans des dogmes…

Concernant la question de l’hydroxychloroquine, il est important de dissiper tout malentendu :  nous n’affirmons pas le traitement du professeur Raoult ne fonctionne pas. Il s’agit seulement d’expliquer pourquoi, à l’heure où ce texte est rédigé (28/04/2020), il est rigoureusement impossible de savoir si ce traitement (ou plutôt ces traitements) marche(nt) ou non – notamment à cause de facteurs de confusion souvent ignorés.

Le but n’est donc pas de lister les arguments “pour” et les arguments “contre”, mais plus d’essayer d’expliquer pourquoi ce traitement est controversé dans le milieu médical. Les arguments cherchant à soutenir l’intérêt de la molécule étant très présents sur les réseaux sociaux, et chaque questionnement étant légitime (personne n’a la science infuse), nous avons pris le parti de revenir sur les arguments les plus fréquents que nous avons pu lire sur la toile.

Si il en manque, ou si vous avez vous-même d’autres questions, n’hésitez pas à nous en faire part, nous essaierons alors d’enrichir le contenu de cette page.

Les théories du complot

1 – Luc Montagnier et Tasuku Honjo, deux prix Nobel se seraient prononcé sur l’origine du virus SARS-COV2. Selon eux, le virus a été créé par l’homme.

Vulgarisation détaillée par l’équipe de La Méthode scientifique (France Culture) sur les affirmations de Montagnier :

https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus/virus-cree-en-laboratoire-les-theories-fumeuses-de-luc-montagnier

Étude de Nature qui conclut à un manque de preuve déterminante, mais que les éléments actuellement disponibles ne vont pas dans le sens d’une manipulation humaine :

https://www.nature.com/articles/s41591-020-0820-9

Article d’un biologiste (assez technique) :

Vidéo de Eric Muraille, biologiste-immunologiste :

Thread sur le personnage de Jean-Claude Perez, l’ami mathématicien de Montagnier, bien connu pour ses obsessions ésotériques :

https://threadreaderapp.com/thread/1251591820469043201.html

Article de Florian Gouthière (Libération/Check news) sur les propos attribués à Tasuku Honjo

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/27/le-prix-nobel-tasuku-honjo-a-t-il-affirme-que-le-coronavirus-avait-ete-cree-par-l-homme_1786549

2 – Il existe un brevet sur le coronavirus, ce qui prouve bien qu’il à été créé par l’homme.

Il s’agit d’un brevet d’une souche différente de coronavirus, destiné à permettre la création d’un vaccin contre cette souche

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-vrai-du-faux/le-coronavirus-de-wuhan-a-t-il-ete-brevete-deux-ans-avant-lepidemie-de-2020_3801437.html

3 – Agnès Buzyn à voulu faire interdire la vente du plaquenil (hydroxychloroquine)

Il semble plutôt s’agir d’une demande réévaluation de la part de Sanofi auprès de l’ANSM qui a ensuite saisie l’ANSES.

NOTE 1: le fait que l’avis de l’ANSES ai été déposé juste quelques semaines avant l’apparition du virus au Wuhan conduira forcément à garder un soupçon (bien qu’il s’agissent fort probablement d’un Post hoc ergo propter hoc : un biais cognitif qui tisse un lien de causalité entre deux évènements qui se suivent). 

NOTE 2: À la date de rédaction de ce texte (28/04/2020) le document de l’ANSES permettant de lire la saisine de l’ANSM n’est plus disponible sur le site de l’ANSES. Ce qui ne pourra là aussi qu’alimenter les suspicions. Merci de nous prévenir si l’accès au document est rétablit.

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/03/27/coronavirus-et-hydroxychloroquine-le-couple-buzyn-levy-cible-de-publications-mensongeres_6034663_4355770.html

4 – Le protocole du professeur Raoult n’est pas testé par les autres chercheurs tel que lui le conçoit, ce qui prouve qu’il y a un complot contre lui !

Concernant Discovery, cet essai clinique comprend une majorité de patients aux symptômes modérés, donc on ne peut aps dire qu’ils n’étudient que les cas graves. Aussi, Didier Raoult a changé plusieurs de fois d’idée et de protocole. Discovery à été lancé juste après sa première étude qui cherchait à démontrer que l’hydroxychloroquine était efficace. Après coup, il a réinterprété ses résultats en disant que les résultats étaient meilleurs avec la combinaison avec l’azithromycine. Mais seuls 6 patients avaient reçu cette combinaison, ce qui est beaucoup trop peu pour pouvoir exclure une action du hasard. Les risques liés à ces deux molécules étant connus -les deux crééent des problèmes cardiaques- une synergie risque de démultiplier ce risque. Les preuves étant trop minces et les risques connus, la décisions de se concentrer sur l’hydroxychloroquine est logique, car c’était cette molécule que défendait Raoult à l’époque du lancement, et non pas la combinaison des deux: Il est nécessaire de recontextualiser pour remettre en ordre l’enchaînement des événements afin de comprendre les décisions. Néanmoins, concernant l’association Hydroxychloroquine et Azithromycine, un essai randomisé a été lancé par la suite en France (Covidoc) :

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/10/est-il-vrai-que-l-essai-clinique-discovery-ne-permet-pas-de-tester-le-protocole-du-professeur-raoult_1784819

Les études sur la chloroquine, l’hydroxychloroquine, l’hydroxychloroquine + azithromycine

5 – Le professeur Raoult à montré que l’hydroxychloroquine fonctionne contre COVID-19.

On ne peut pas vraiment dire que ses études démontrent une efficacité du traitement :

1ère étude :

Critiques des pairs sur le site pubpeer de la 1ère étude (Gautret & al.) (site en anglais)

https://pubpeer.com/publications/B4044A446F35DF81789F6F20F8E0EE

Florian Gouthière vulgarise les critiques qu’on trouve sur Pubpeer (chap. “l’étude de Marseille : un cas d’école)

[vidéo] Hervé Seitz, biologiste moléculaire (CNRS), analyse l’étude et la qualifie de fraude scientifique (avec des arguments) :

Article d’Olivier Belli, biologiste moléculaire, sur la première étude:

https://blogs.mediapart.fr/olivierbelli/blog/220320/le-pr-raoult-et-la-chloroquine-les-failles

Analyse TRÈS complète, et bien vulgarisée. ATTENTION site orienté (mais analyse particulièrement sourcée, ici)
https://www.les-crises.fr/les-enormes-failles-ethiques-et-methodologiques-dans-l-essai-raoult-analyse-par-olivier-berruyer/

2ème étude (sur 80 patients, sans groupe contrôle) :

“Une étude qui ne peut pas conclure ce qu’elle prétend”, par Florian Gouthière pour Check News

https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/30/pourquoi-la-nouvelle-etude-de-didier-raoult-fait-elle-debat_1783607

3ème étude (sur un peu plus de 1000 patients, sans groupe contrôle):

[vidéo] Hervé Seitz, biologiste moléculaire (CNRS), analyse l’étude 

Analyse détaillée, avec plusieurs experts interrogés, qui engage à la prudence

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-que-vaut-la-nouvelle-etude-du-professeur-raoult-qui-vante-l-efficacite-de-l-hydroxychloroquine_3909089.html

NEWS (National Early Warning Score) des patients entre 3 et 4 = peu symptomatiques ( = ceux qui ont le plus de chance de s’en tirer). Qu’est-ce que le NEWS ?

6 – Les groupes contrôles ne sont pas éthiques, car on ne donne pas le traitement à tous les patients :

Article essentiel de Juliette Ferry Danini, docteure en philosophie de la médecine, qui explique bien l’éthique dans le domaine médical

https://medium.com/@ferry.danini/petite-introduction-%C3%A0-l%C3%A9thique-des-essais-cliniques-d1b6d9f0bbb2

Article d’un philosophe des sciences sur l’intérêt d’un groupe contrôle et sur l’allégation Raoultienne d’être “contre la méthode” (référence au philosophe Feyerabend)

https://medium.com/@cedpatern/contre-la-m%C3%A9thode-cf4b173c0bc0

7 – La chloroquine est connue depuis longtemps et largement utilisée dans le monde : on connaît parfaitement bien son profil toxicologique !

[vidéo] L’histoire de la médecine montre que sans étude clinique bien faite, les erreurs sont aisées, même quand le profil médicamenteux, le mécanisme d’action semblent parfaitement  pertinents. Connaître un médicament et son profil ne dit rien sur son efficacité ou ses risques. Plusieurs exemples donnés, vidéo très complète mais un peu longue  (28 min).

La chloroquine aggrave la grippe, le SIDA et le Chikungunya (ATTENTION : site orienté, mais cet article bien expliqué et sourcé)

https://www.les-crises.fr/science-3-etudes-montrent-que-la-chloroquine-aggraverait-le-sida-le-chikungunya-et-la-grippe/

Les arguments “géographiques”

8 – Une carte de france montre que personne ne meurt à Marseille de COVID-19

Il s’agissait d’une carte de l’INSEE. La tâche blanche sur les Bouches du Rhône était due à une panne informatique de la ville de Marseille qui n’a pas pu fournir ses données aussi rapidement. En revanche les données étaient disponibles sur d’autres support, comme la carte du site “Géode” de Santé Publique France.

https://www.laprovence.com/article/edition-marseille/5948597/la-cyberattaque-subie-par-la-ville-bloque-les-statistiques.html

Ou sur Libération/Check news (un peu plus complet) :

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/08/covid-19-pourquoi-les-statistiques-de-la-mortalite-a-marseille-sont-elles-indisponibles-depuis-mi-ma_1784549

9 – Les statistiques montrent qu’on meurt moins à Marseille (et particulièrement à l’IHU)

On ne peut pas conclure cela quand on recontextualise (Florian Gouthière, via Check News) :

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/08/est-il-vrai-qu-on-meurt-moins-du-covid-19-a-marseille-que-dans-le-reste-de-la-france_1784568

[vidéo] Analyse des biais interprétatifs, par Hervé Seitz, biologiste moléculaire (CNRS)

La quantité massive de dépistage est à mettre en perspective. Ailleurs, on ne dépiste que les cas les plus suspects, alors qu’avec une politique de dépistage massive, on dépiste beaucoup plus de cas moins suspects, asymptomatiques ou symptomatiques léger (NEWS 1 – 4).

Nombre de tests de dépistage en France : 138 991 au 21 avril 2020 (https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/coronavirus-moins-d-hospitalisations-et-une-baisse-du-nombre-de-personnes-en-reanimation-1587490527 )

Nombre de tests de dépistage à Marseille : 100 000 au 26 avril ! (https://www.la-croix.com/France/Covid-Marseille-100-000-tests-ete-realises-2020-04-26-1201091238 )

En conséquence, le ratio “nombre de cas dépistés/nombre de décès” diminue fortement dès lors qu’on teste beaucoup plus qu’ailleurs. Ce n’est donc pas un indicateur pertinent, car le contexte du nombre de testés n’est pas le même partout. De plus, l’IHU compose avec ses propres réactifs (cf. le lien de “La croix”), ce qui peut faire fluctuer des résultats par rapports aux autres tests.

10 – On meurt moins au Sénégal et le principal hôpital de Dakar applique la “méthode Raoult” (HCQ+AZT)

Âge médian Sénégal : 19 ans. Plus de 65 ans : 3,02%

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mographie_du_S%C3%A9n%C3%A9gal

Âge médian France : 41 ans environ

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381476

Plus de 65 ans en France : 19,5%

https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303333?sommaire=3353488

Moins de personnes âgées = taux de mortalité plus faible pour une maladie qui tue surtout les plus âgés.

Même principe pour les allégations similaires concernant d’autres pays avec une moyenne d’âge très basse (nous avons lu des commentaires concernant l’Algérie, par exemple)

Il existe également des affirmations concernant des guérisons à New York, relayés par le docteur Vladimir Zelenko. Florian Gouthière, via Libération/Check News à enquêté. Extrait :

Sans connaître la proportion de ses patients qui présente chaque facteur de risque, il est impossible d’estimer quel aurait été l’évolution «naturelle» de la maladie dans ce groupe. Sur seulement 350 patients présentant des symptômes légers ou modérés, rien ne garantit de complications fatales, même en présence de comorbidités.

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/03/plus-de-600-patients-new-yorkais-ont-ils-ete-gueris-du-covid-19-en-mars-grace-a-l-hydroxychloroquine_1784084

Autres preuves alléguées de l’efficacité du traitement

 11 – La charge virale diminue, c’est bien la preuve que ça à un effet

Question plus compliquée, qui nécessite de se pencher sur les données :

Les tests RT-PCR pour détecter la positivité via la charge virale ne sont pas très efficaces : leur mauvaise sensibilité (la capacité à trouver la maladie lorsqu’elle est présente) conduit à un taux de faux négatif relativement important, on parle de 30 à 40% de faux négatifs, surtout lorsque le test n’est effectué que sur les voies hautes, comme dans la première étude de Raoult. cf tableau (encadré en rouge les tests donnant des NEG douteux, en bleu des étranges fluctuations de la charge virale positive. Les ND sont les tests non effectués ou qui n’ont pas pu être analysés pour diverses raisons).

https://www.rtbf.be/info/societe/detail_covid-19-faux-negatifs-les-tests-pcr-sont-ils-fiables?id=10480461

Aussi, le 2% de faux positifs ne doivent pas être négligés (cf. négligence de la taille de l’échantillon , illustration suivante inspirée de l’exemple donné sur la page wikipédia, qui n’a pas de lien avec le COVID, mais illustre juste le principe. Énoncé à trouver sur la page wikipédia en lien ci-dessus). D’ailleurs, un des patients de la 1ère étude Raoult a été retiré car il n’a été testé positif que le premier jour = possible faux positif (patient rentré chez lui avant la fin de l’étude. cf. les sources concernant la 1ère étude).

Aussi, il y a de nombreux facteurs confondants ou imprécisions dans les données qui empêchent de conclure. Une étude (prépubliée, elle aussi) recalcule les statistiques de Gautret & al. en intégrant les possibles raisons responsables du bruit et des imprécisions dans les données. Conclusion : l’échantillon étant très petit, de très légères fluctuations changent complètement le rendu statistique, rendant les résultats non significatifs, voire carrément négatifs selon les paramètres :

https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.03.31.20048777v1

Enfin, la seule autre étude montrant un effet positif de l’hydroxychloroquine sur COVID-19 en dehors de l’étude Gautret & al. de l’IHU est celle de Zhaowei Chen & al.. Cette dernière a été conçue au départ pour analyser la charge virale via la négativité de l’acide nucléique (Test PCR), mais au final l’état des patients à été évalué sur leurs symptômes (le temps de récupération de la température corporelle et le temps de rémission de la toux), ce qui induit potentiellement que l’analyse de la charge virale n’a pas été possible, ou n’a pas donné de résultats cohérents (fluctuations non linéaires) ou encore n’allait pas dans le sens de la conclusion attendue (dans ce dernier cas, on aurait à faire à une fraude). cf. l’image issue de metaevidence.org :

Pour résumer : On ne sait pas si la charge virale diminue vraiment sous traitement d’hydroxychloroquine. Des études semblent montrer cette tendance, mais on considère qu’on ne sait pas si les tests ont été bien effectués (notamment parce que le virus migre vers les voies basses, par ex), qu’ils sont imprécis concernant la mesure de la charge virale (les fluctuations aléatoires chez certains patients dans la première étude de Raoult semblent montrer une nette imprécision), qu’on considère qu’il y beaucoup de bruit statistique, et que lorsque les calculs prennent en compte les facteurs flous et imprécis, les statistiques deviennent non significatives… On peut douter de la réalité de ce qui est mesuré. Aussi, les études cherchant à démontrer que l’hydroxychloroquine fait diminuer la charge virale sur COVID-19 sont soit non significatives statistiquement (Gautret & al. #1) soit ont modifié leurs critères d’évaluation afin de ne plus prendre en compte le critère “charge virale” (Zhaowei Chen & al.), ce qui induit une potentielle non pertinence de ces résultats…

En conclusion, on peut estimer qu’en réalité on n’est pas sûr du tout que la charge virale diminue réellement…

12 – De nombreuses études dans le monde montrent que l’hydroxychloroquine est efficace, il n’y a pas que Raoult qui le dit.

Voici un site de référence qui recense toutes les études sur les traitements potentiels à COVID-19. La page dédiée à la chloroquine et dérivés montre à la date de rédaction de cet article (28/04/2020) que les études les plus fiables (avec moins de biais) ne montrent aucun effet.

Taper “Chloroquine and deritatives”

http://www.metaevidence.org/COVID19.aspx

Vous pouvez aussi allez voir ici, un site de référence en Français, même si je trouve qu’il est moins aisé d’avoir un aperçu qui permette une recherche et une comparaison rapide:

https://bibliovid.org/

13 – Didier Raoult est le plus grand scientifique de son champ, il est reconnu dans le milieu par les instances scientifiques et par ses pairs

Il est bien 1er sur Expertscape dans la catégorie “Expertise in Communicable Diseases: worldwide”, mais ce site se base sur le nombre de publications co-signées par un auteur. Ce nombre de publication ne dit rien sur la qualité des travaux, quand les publications sont extraordinairement nombreuses. Didier Raoult est certes renommé, mais aussi très critiqué par ailleurs (cf plus bas).

https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/27/que-vaut-le-site-expertscape-sur-lequel-didier-raoult-est-reference-comme-le-meilleur-expert-francai_1782898

Sur-publication et fraude, avec interdiction de publier dans chez un des plus grand éditeur pendant un an. Extrait de “Malscience, de la fraude dans les labos” de Nicolas Chevassus-au-Louis :

Entre 1996 et 2011, dix auteurs travaillant dans ce domaine ont publié plus de 1000 articles, soit 6 par mois en moyenne. Un chiffre à peine croyable. La France compte même le vice-recordman mondial de ce sport, le microbiologiqte Didier Raoult de l’université d’Aix-Marseille, avec 1252 articles sur la période considérée, auxquels sont venu s’ajouter depuis quelque 800 autres. S’étonnera-t-on d’apprendre que la réputation de notre champion national est pour le moins controversée ? Que beaucoup pensent que ses travaux sont publiés trop vite, sans prendre le temps de toutes les vérifications nécessaires ? L’American Society of Microbiology l’a, par exemple, interdit de publication pendant un an […] après la découverte dans un manuscrit soumis par l’équipe de Raoult de figures identiques supposées décrire des expériences différentes.

Nicolas Chevassus-au-Louis, Malscience

Dossier complet (mais payant) de médiapart sur l’aspect controversé du personnage :

https://www.mediapart.fr/journal/france/070420/chloroquine-pourquoi-le-passe-de-didier-raoult-joue-contre-lui

Extraits :

Concernant la qualité de ses travaux :

Si l’unité du professeur Raoult a été à l’origine de plus de 2 000 publications entre 2011 et 2016, « seules 4 % d’entre elles l’étaient dans des revues de haut impact international »,

Concernant « Microbiota », l’équipe de Didier Raoult, les scientifiques remarquent que l’approche qui consiste à découvrir systématiquement de
nouvelles bactéries n’est pas suivie des analyses nécessaires. Selon eux, cette « compilation de nouvelles bactéries » – comme « on collectionne les timbres », persiflent les évaluateurs – donne certes lieu à un volume important de publications, mais sans plus d’avancées pour la connaissance scientifique et médicale.

Ils considèrent, par ailleurs, que la création d’un journal « New Microbes and new infections », « qui sert à publier des articles refusés par les autres revues, est quelque peu désespérée ». Ils relèvent que ce journal est juge et partie, puisque plusieurs chercheurs du laboratoire font partie du comité éditorial dirigé par le professeur Michel Drancourt, lui-même à la tête de l’unité de recherche Mephi et bras droit de Didier Raoult.

Comme Mathieu, qui a préparé sa thèse de doctorat auprès du professeur
Didier Raoult. Le problème, selon lui, est qu’« il n’admet pas la discussion » : « On fonctionne à l’envers. Il a une idée et on fait des manips pour prouver qu’il a raison. Avec la peur de le contredire, cela peut conduire à biaiser les résultats. Or, c’est bien le doute et la discussion qui permettent à la science d’avancer. » ; « Je travaillais sur un sujet sur lequel Didier Raoult m’avait donné un angle de recherche et, au fil des tests, je constatais qu’il avait tort, puisqu’à chaque fois, mes tests étaient négatifs. On m’a demandé d’insister et j’ai passé près d’un an à les faire pour prouver qu’il avait raison. À la suite de plusieurs dizaines de répétitions, sans que ce soit complètement positif, un signal est allé dans le sens de Raoult. C’était approximatif, voire
biaisé dans la démarche, et donc dans les résultats », confesse-t-il.

Concernant les conflits d’intérêt et financements suspects :

Contacté par Mediapart, son directeur, Éric Chevalier, précise : « Le siège de l’entreprise est à Aubagne mais nous sommes hébergés par la fondation du professeur Didier Raoult. Nous travaillons avec ses équipes pour valider un test permettant de détecter rapidement le coronavirus actuel. Nous pensons pouvoir le proposer à nos clients, parmi lesquels la compagnie de croisière Ponant et l’armateur CMA-CGM, d’ici la fin du mois d’avril. »
Interrogé sur le montant des actions qu’il détient dans Pocramé, le professeur Raoult […] n’a pas répondu.

Ces versements étaient destinés, selon Mérieux, à prendre en charge « des frais de thèse d’un doctorant de la fondation principalement affecté aux activités de recherche d’un programme dirigé par le professeur Raoult sur la tuberculose ». Ni l’intitulé de la thèse, ni son auteur ne nous ont été communiqués. Vérification faite auprès de plusieurs doctorants, la bourse versée par l’IHU varie entre 1 000 et 1 400 euros par mois durant trois ans. En toute logique, dans le cadre de cette thèse sur la tuberculose, le doctorant aurait donc reçu entre 36 000 et 50 400 euros. Le reste, soit un minimum de 114 600 euros, aurait-il dès lors été alloué à des frais, sachant que Mérieux verse déjà 125 000 euros à la fondation pour le fonctionnement de son laboratoire ? […] Ce n’est cependant pas le professeur qui nous a répondu, mais la présidente de la fondation Méditerranée infection Yolande Obadia. Là encore, ni l’intitulé de la thèse de doctorat, ni le bénéficiaire de cette rémunération de 165 000 euros ne nous seront donnés : « [Nous sommes] tenus par une clause de confidentialité stricte sur l’ensemble des contrats que nous signons avec les industriels. »

Deuxième dissonance : le laboratoire Sanofi. Interrogé par Mediapart sur la nature des « rémunérations » à hauteur de 50 000 € versées à la fondation, Sanofi répond tout d’abord qu’il s’agit, d’un « partenariat de recherche », « lors de la mise en place de l’IHU Méditerranée » en 2015.
Or, la mise en place de l’IHU date de janvier 2012 (à la suite de la convention signée avec l’ANR). Sur cette discordance et sur la destination des fonds, Sanofi se dispense de tout commentaire mais tient à ajouter que « ce partenariat n’a pas permis de mettre en place de nouvelles solutions thérapeutiques » : « Nous avons donc cessé la collaboration avec l’IHU Méditerranée en 2015. »
Contacté par Mediapart, la fondation de Didier Raoult nous informe qu’il ne s’agit pas de « 50 000 euros mais de 150 000 euros ». Sans plus de commentaires ni d’explications concernant la déclaration officielle initiale de 50 000 euros faite sur le site du ministère de la santé.

Médiapart

Ressources supplémentaires :

L’ensemble des articles de Florian Gouthière répondant aux questions des lecteurs chez Libération/Check news :

http://curiologie.fr/2020/04/checknews-covid19/

Un tableau créé par @rationalité (sur Twitter) qui condense un bon pourcentage des articles les plus intéressants de la crise (orienté sceptique envers la Chloroquine, mais plus d’une centaine d’articles, vidéos et publi scientifiques en lien, c’est riche!):

https://docs.google.com/spreadsheets/d/1wxkIcHp8pylY2QhGvzbbmoMis0zStdC0LTU_In_qfCc/edit?usp=drivesdk

Site scientifique de référence, qui donne un compte rendu de toutes les infos sur COVID-19 et une analyse du résultats et des limites des études scientifiques :
https://bibliovid.org/

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