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Les pesticides « cachés » !

Cet article est le script de la vidéo ci-dessous. Vous y trouverez les liens et sources directement dans le corps de texte.

Des pesticides dans nos assiettes : un programme présenté par Mr Poison et sponsorisé par les laboratoires de Monsanto, ces salauds d’enfoirés d’impérialistes de merde !

Grésillements.

Mr Poison apparaît, glitché, il demande : “C’est bon ? ça marche là ?”

Le technicien lui répond : “Oui c’est bon, allez-y, chef.”

Il prend sa respiration.

Chers Utopistes, bonjour.

Ce début de XXIème siècle est marqué par une vive progression de l’inquiétude entourant notre alimentation, et notamment des pesticides. Mais ici, nous n’allons pas parler de ces substances pulvérisées par l’homme sur les plantes… Nous y reviendrons peut-être un jour, mais c’est un sujet complexe sur lequel il est compliqué de se faire une opinion dénuée d’émotion.

Non, Aujourd’hui nous allons aborder un sujet bien plus rigolo : celui des pesticides naturels !

Alors attention, je ne parle pas des biopesticides, qui sont des pesticides autorisés en agriculture biologique… Oui, le BIO utilise des pesticides… Plein même. Mais nous ne parlerons pas de ça non plus. Non. Nous allons plutôt aborder le cas des pesticides qui sont directement synthétisés par les fruits et les légumes que nous mangeons !

Et oui, Sainte Mère Nature ne nous a pas attendu pour offrir aux plantes un moyen de défense contre les prédateurs ! Et même pas besoin de personnifier la nature comme je viens de le faire pour expliquer ce phénomène : il suffit juste d’une théorie. Oui, une seule, mais pas des moindres : la théorie de l’évolution !

Les plantes que nous connaissons aujourd’hui sont parvenues jusqu’à nous car elles ont survécu. Et toutes celles qui n’ont pas développé de défenses contre les maladies et ravageurs ont tout bonnement disparues. Aussi, lorsque nous avons commencé l’agriculture, nous avons sélectionné et protégé les plantes et les semences qui nous semblaient les plus intéressantes…

Mais, attendez, je vous vois venir, petits sacripants, vous vous dites que bon, c’est bien joli tout ça, mais que ces pesticides là, si ils étaient vraiment toxiques pour l’homme, on s’en serait aperçu depuis longtemps ! Parce que des fruits et des légumes, on en mange depuis belle lurette !

Et, franchement, non seulement c’est pas con, mais en plus ça soulève des choses intéressantes…

Déjà, premier point : ce que vous dites, rendez-vous compte, c’est que les pesticides ne sont pas tous toxiques pour nous ! Grande avancée vers un peu plus de nuance et d’esprit critique sur les substances utilisées en agriculture, bravo !

Deuxième point : Le fait que ce soit naturel ne peut pas expliquer leur innocuité. Le curare ou la toxine botulique sont parfaitement naturels, par exemple, ET CE SONT DES PUTAINS DE POISONS QUI VOUS VIOLERONT VOTRE VIE ET QUI VOUS. Voilà.

Troisième point : Comme nous allons le voir, certains de ces pesticides parfaitement naturels ne sont pas sans effets sur nous, alors qu’ils se trouvent dans des aliments on ne peut plus courants. Pourtant, nous pouvons les ingérer sans problème grâce au principe de Paracelse

« Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose fait qu’une chose n’est pas poison ».

C’est par ce même principe que, par exemple, un seul comprimé de 1g de paracétamol ne vous fera aucun mal, alors qu’un paquet entier vous mettra un pied dans la tombe… Voire deux.

Passons maintenant à la partie la plus rigolote, et voyons quels sont les poisons naturels les plus courants dans notre alimentation :

LA PHASINE : elle est présente dans les haricots, surtout les haricots rouges, qui en contiennent plus. 5 haricots rouges crus suffisent à créer divers troubles, comme des nausées puis des vomissements, qui peuvent être graves et soutenus, puis de la diarrhée.

LA SOLANINE : présente dans les pommes de terre, les tomates encore vertes, les poivrons et les aubergines. Les symptômes sont : transpiration, vomissements, diarrhées, céphalées, bronchospasme, hallucinations et action cytotoxique sur la perméabilité de la membrane intestinale. Par ailleurs, vous trouverez tout un tas d’autres informations passionnantes avec l’épisode 334 de Podcastsciences où Eléa parle notamment d’autres glycoalcaloïdes présents dans les solanacées.

LE CYANURE : Les noyaux d’abricot ou de pêches, les pépins des pommes, les amandes amères, les pousses de bambous, etc, contiennent des composés cyanogènes. C’est à dire des composés qui sont transformés en cyanure par notre propre corps… L’ingestion de 12 grosses amandes amères pourrait être létale pour un enfant de 20kg 1)Le taux de cyanure d’hydrogène des échantillons analysés dans cette étude varie de 182 ppm à 4 146 ppm pour les amandes amères. Pour les noyaux d’abricot, les taux sont de 383 ppm à 2 774 ppm (moyenne = 1 533 ppm). Conclusion : À titre indicatif, si l’on considère qu’une amande pèse en moyenne 2 g, nous avons : La quantité létale pour un enfant de 20kg (soit 10mg, car la plus petite dose létale est de 0,5 mg/kg de masse corporelle) divisé par la valeur la plus haute qu’on puisse retrouver dans une amande amère (4146ppm, soit 0,4146mg par gramme d’amande, soit 0,8292mg pour une amande de 2g). Soit : 10/0,8292= 12,05 amandes. A noter : 2g pour une amande, c’est tout de même gros, le poids moyen est de 1,2g…. En juillet 2018, le secteur de toxicovigilance de l’ANSES à publié un communiqué concernant la consommation des amandes amères contenues dans les noyaux d’abricots, celles-ci étant préconisées sur des site s estampillés “santé”, avec parfois même un intitulé fumeux tel que “laboratoire machin bidule”, comme étant un traitement naturel “anti-cancer”, grâce à la fabuleuse vitamine B17, alors que cette vitamine n’en est pas une, et qu’elle est inefficace contre le cancer… Aussi, en Angleterre, un homme s’est empoisonné en mangeant 3 minuscules amandes contenues dans les noyaux de cerise et a fini à l’hôpital !

L’OXALATE : présent dans l’oseille, la rhubarbe, la carambole, les épinards, les betteraves, le thé, les cacahuètes ou encore le cacao… Il peut donner nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, tétanie, convulsions, défaillance multi-organique… Et la mort. Il est particulièrement problématique pour les sujets atteints d’insuffisance rénale.

LA MYRISTICINE : présente dans la noix de muscade et donc dans le curry, les 4 épices et le raz el anout… Les symptômes sont : hallucinations, vertiges, paresthésies, parésies périphériques, rétention urinaire, et est potentiellement létale entre 15 et 30 grammes.

Passons rapidement sur la CAPSAÏCINE, présente dans les piments, et sur la GLYCYRRHIZINE, présente dans la réglisse, pour nous attarder un peu plus sur 2 cas intéressants :

LA CUCURBITACINE, pour commencer. Elle est présente dans certains concombres, melons, cornichons, ou encore courges et courgettes. Le gène sécrétant la cucurbitacine a été éliminé par l’homme grâce à la sélection artificielle, triant et sélectionnant au fur et à mesure des générations les légumes ayant le moins de cucurbitacine. Mais, malheureusement, la nature est mal faite, et oui… Car ce poison peut ressurgir à cause de gènes récessifs, ou par croisement avec des variétés sauvages ou ornementales, qui elles sont riches en cucurbitacine ! Ces croisements potentiels sont dus à l’action des pollinisateurs, comme nos abeilles adorées et sont donc parfaitement « naturels » ! Ainsi, quelques bouchées suffisent à vous rapprocher de la coiffure du Professeur Xavier des X-men : voyez ce qu’à vécu cette grenobloise : Ce soir de décembre, Charlène fait rôtir un butternut acheté en grande surface. Son goût amer, « bizarre », lui fait vite stopper sa dégustation. « 30 minutes après, j’étais prise de maux de ventre et n’ai jamais été aussi malade que cette nuit-là. J’avais des crampes, des sueurs froides, des débuts d’hallucination. J’ai même perdu connaissance. J’ai pensé que c’était une grosse gastro d’après les fêtes », nous confie-t-elle. Le lendemain, Charlène se porte comme un charme… mais une semaine plus tard, ses cheveux tombent par poignées. […] Au bout d’un mois, ils partent comme si elle avait mis de la crème dépilatoire…

D’ailleurs, à l’approche d’Halloween, l’ANSES fait généralement un rappel concernant la consommation de courges. Les recommandations sont, par exemple :

  • Ne pas consommer les courges “sauvages” ayant poussées spontanément dans le potager.
  • Ne pas replanter de graines.
  • Goûter à cru les courges du commerce, et les jeter si il y a de l’amertume. Ne surtout pas les consommer, même cuites.

Alors, s’il vous prend de manger un gratin de courgette au goût un peu trop amer 2)intéressant à noter : l’amertume est un signal de défense qu’on a développé pour reconnaître les composés toxiques, d’où le fait qu’on trouve généralement que l’amertume, c’est dégueulasse…, ne faites pas comme ce retraité allemand qui a fini son assiette et à fini à la morgue… Faites-vous plutôt un bol de riz !…

Ou pas, en fait.

Car, voyez-vous, il s’agit là du 2ème cas que je voulais aborder. Le riz.

Aaaah rien de plus sain et neutre que du bon riz, complet de préférence. Tout le monde le sait que le complet, c’est meilleur pour la santé ! Par contre, l’arsenic, c’est pas très bon, ça, l’arsenic… Et pourtant, il y en a plein dans la plupart des riz que nous consommons !

Alors, c’est un cas un peu différent, car l’arsenic n’est pas créé par la plante… Mais il n’est pas forcément apporté par l’homme ! En effet, s’il peut provenir de procédés industriels, notamment textiles et métallurgiques, il est également naturellement présent dans de nombreux endroits du monde, dans les sédiments des roches sur lesquelles passe l’eau des rizières ! Mais si la question de l’eau contaminée est un réel problème de santé publique dans de nombreux pays producteurs, le riz, lui, est bien moins problématique. Le riz le plus consommé est le riz blanc, auquel on a ôté son enveloppe, et c’est justement là que se fixe la plus grande part de l’arsenic. Le riz blanc en contient donc nettement moins que le riz complet ! Néanmoins, les groupes démographiques dont le régime alimentaire est culturellement à base de riz, absorbent 2,5 à 10 fois plus d’arsenic inorganique cancérigène que l’occidental moyen ! Pour nous, qui en consommons beaucoup moins régulièrement, les risques ne sont pas avérés… Sauf pour les foetus et les jeunes enfants. En effet, en novembre 2018, le Conseil Supérieur de la Santé Belge a émis des recommandations assez drastiques concernant les enfants et les femmes enceintes. Je ne peux que vous conseiller d’y jeter un oeil si vous êtes concerné !

Bon, d’accord, l’arsenic du riz n’est pas à proprement parler un pesticide naturel. Il semblerait que je sois donc un peu hors sujet ici. Mais pas vraiment, en fait, car l’idée c’était de vous faire comprendre que des poisons dans nos assiettes on en a toujours eu et on en aura toujours ! Il n’y a pas vraiment de raison d’être plus inquiet aujourd’hui qu’autrefois ! Au contraire, nous avons aujourd’hui une connaissance plus développée de ces substances, bien qu’il faille encore en étudier et considérer des effets cocktails potentiels… Il reste du travail, mais dans tous les cas, toxicologiquement parlant il y a une réalité : on ne peut pas différencier le naturel du non-naturel ! Il faut donc évaluer les substances, ou les mélanges de substances, au cas par cas ! 

L’important à retenir en tant que consommateur, ça n’est pas que “Oh mon Dieu, y a des poisons partout, on va tous mourir !”, mais plutôt que les doses auxquelles nous sommes généralement exposées sont infimes, par exemple, la cucurbitacine, qui a tué un retraité allemand en 2015, alors qu’il avait mangé une grande quantité de gratin de courgette amer, est un cas rare ! Le seul a ma connaissance depuis une dizaine d’année… Il est donc peu risqué de consommer ces substances, tant que les quantités sont raisonnables et étalées dans le temps. Dans tous les cas, le mieux est de veiller à varier son alimentation afin de réduire son exposition aux différentes substances toxiques auxquelles nous sommes confrontés. Naturelles ou non.

Cette vidéo reprend en partie notre article de blog intitulé “Du poison dans nos assiettes !”, n’hésitez donc pas à consulter notre blog plus plus d’information et pour avoir accès aux sources !

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(Grand merci à nos relecteurs)

Notes

1 Le taux de cyanure d’hydrogène des échantillons analysés dans cette étude varie de 182 ppm à 4 146 ppm pour les amandes amères. Pour les noyaux d’abricot, les taux sont de 383 ppm à 2 774 ppm (moyenne = 1 533 ppm). Conclusion : À titre indicatif, si l’on considère qu’une amande pèse en moyenne 2 g, nous avons : La quantité létale pour un enfant de 20kg (soit 10mg, car la plus petite dose létale est de 0,5 mg/kg de masse corporelle) divisé par la valeur la plus haute qu’on puisse retrouver dans une amande amère (4146ppm, soit 0,4146mg par gramme d’amande, soit 0,8292mg pour une amande de 2g). Soit : 10/0,8292= 12,05 amandes. A noter : 2g pour une amande, c’est tout de même gros, le poids moyen est de 1,2g…
2 intéressant à noter : l’amertume est un signal de défense qu’on a développé pour reconnaître les composés toxiques, d’où le fait qu’on trouve généralement que l’amertume, c’est dégueulasse…

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1 commentaire

  1. Haegelen a dit :

    Superbe vidéo, juste un petit bémol ou une recommandation, à vous entendre certains vont dire, si les plantes produisent des pesticides pour se protéger pourquoi est-ce qu’il faut en rajouter !!
    Il aurait fallu dire que les plantes cultivées on perdu en partie la faculté de se protéger, au bénéfice d’autres qualités, par rapport à leurs ancêtres sauvages. Les plantes cultivées sont beaucoup moins apte à se protéger tout seul, c’est pour ça que l’on doit intervenir, pour les protéger avec des produits phytosanitaires.

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