Biais Illusions

Les fraises grises [Trad.]

Une tarte aux fraises qui semblent bien rouges, mais qui ne le sont pas !

Cet article est une traduction de celui-ci . Les illusions d’optiques sont fascinantes et nous prévoyons une petite série d’articles et vidéos sur la question.

Une illusion créée par Akiyoshi Kitaoka, professeur de psychologie à l’université de Ritsumeikan (Japon).

Grey strawberries, par Akiyoshi Kitaoka

Cette image a été créée par Akiyoshi Kitaoka et est devenue virale sur Internet lorsque Kitaoka l’a partagée sur Twitter. Bien que l’image ne contienne pas de pixels rouges, on ne peut s’empêcher de voir les fraises en rouge. On peut constater qu’ils sont gris, de différentes manières. Vous pouvez masquer le reste de la photo et ne regarder qu’une partie apparemment rouge d’une fraise et la comparer à une image grise. Vous pouvez également consulter la figure ci-dessous, créée par Tim Hutton (également publiée sur Twitter en février 2017), qui comporte une bande grise en bas et une bande grise qui en ressort et qui va jusqu’au milieu des fraises. (Cependant, certaines personnes voient les fraises tellement en rouge que la bande grise en bas leur parait également d’un aspect rouge !)

Le mécanisme qui est (au moins en partie) responsable de cette illusion est la constance des couleurs. La constance des couleurs est un processus qui permet aux gens de percevoir la couleur de quelque chose dans des conditions d’éclairage / de luminosité très différentes. (Voir Troost (1998), Hurlbert (1998), Neumeyer (1998) et Komatsu (1998) pour une analyse de la constance des couleurs). Le mécanisme responsable de la constance des couleurs joue normalement en notre faveur. La couleur à laquelle nous voyons un objet dépend en partie de la surface de celui-ci et de la lumière qu’il réfléchit, mais également des conditions d’éclairage (par exemple, la lumière du soleil ou l’ombre) et des couleurs de l’objet qui l’entoure. Notre cerveau élabore en partie les couleurs des objets en les comparant aux couleurs des objets les entourant. C’est ce mécanisme qui nous permet de voir une chemise verte qui reste verte malgré différentes conditions d’éclairage (par exemple, à la lumière du jour, sous un éclairage de rue fluorescent et au coucher du soleil). C’est en partie ce qui rend possible le suivi d’objet dans des conditions d’éclairage difficiles. Mais dans cet exemple ingérieux, ce système fonctionne contre nous. La répartition des couleurs dans l’image globale fait que notre cerveau nous oblige à avoir une expérience de la fraise comme étant rouge.

Il pourrait être tentant de penser que ce qu’il se passe ici est un exemple de ce qu’on appelle la pénétrabilité cognitive de l’expérience perceptuelle, à savoir l’idée que nos croyances peuvent influencer nos expériences perceptuelles. Pour un examen de la question générale de la pénétration cognitive, voir Macpherson (2012). Inspiré par Hansen et. Al. (2006), on pourrait penser que ce qui se passe ici, c’est que notre connaissance du fait que les fraises sont normalement rouges influence notre expérience visuelle de ces fraises grises, ce qui nous incite à en faire l’expérience en rouge. Cependant, une réflexion plus approfondie sur ce cas révèle que ce qui se passe ici n’est pas une pénétration cognitive. Comme le montre Michael Bach à l’aide de la figure ci-dessous, l’apparence illusoire de rougeurs persiste même lorsque les objets représentés sur la photo ne ressemblent pas à des fraises.

D’autres exemples d’expériences de couleurs illusoires dues à la constance des couleurs comprennent l’image ci-dessous, également créée par Akiyoshi Kitaoka. Bien qu’il n’y ait pas de pixel rouge dans l’image ci-dessous, la lettre «R» apparaît à gauche et l’arrière-plan de «R» à droite, en rouge.

Une dimension philosophiquement intéressante de cette illusion concerne la question de savoir quel est la référence directe de nos expériences visuelles. Les réalistes directs pensent que lorsque nous percevons le monde avec précision, les références immédiates de notre expérience visuelle sont des objets physiques que nous examinons avec leurs propriétés propres. Cette idée est remise en question par l’existence d’illusions, telles que l’illusion des fraises grises dans laquelle nous percevons le gris comme une rougeur. Le challenge est que nous semblons être conscients d’une rougeur quand il n’y en a pas dans le monde qui nous fait face. Ainsi, des illusions ont amené certains philosophes à devenir des théoriciens des données sensorielles. Ils soutiennent que les objets directs des expériences visuelles ne sont pas des objets physiques, mais des objets mentaux appelés données sensorielles. Ils feront valoir que dans l’illusion des fraises grises, on est immédiatement conscient de la rougeur, malgré l’absence d’objet physique rouge (ou de texture sur l’écran de l’ordinateur). Les réalistes directs peuvent répondre à ce défi de nombreuses manières. Ils pourraient prétendre que nous n’aurions pas conscience de la rougeur, quand nous faisons l’expérience de l’illusion, mais que nous penserions être conscient de cette rougeur. Tout comme nous serions vraiment conscients de la grisaille de l’image, mais sans nous en rendre compte. (NdT : je trouve ça très tiré par les cheveux !). Pour une discussion philosophique sur les objets d’expérience, voir Crane & French (2016).

Crane, T., and French, C., 2016. The Problem of Perception. In: Zalta, E. N., ed. The Stanford Encyclopedia of Philosophy. Metaphysics Research Lab, CSLI, Stanford University.

Gilchrist, A. L., 2010, ‘Lightness Constancy’, in Goldstein, E. B. (Ed), Sage Encyclopedia of Perception, Sage Publications, Inc: London.

Hansen T, Olkkonen M, Walter S & Gegenfurtner KR. 2006. Memory modulates color appearance. Nat Neurosci, 9(11):1367-8.

Hurlbert, A. C. 1998. ‘Computational models of color constancy’, in V. Walsch & J.  Kulikowski (Ed.), Perceptual constancy: why things look as they do. Cambridge: Cambridge University Press.

Komatsu, H. 1998. ‘The physiological substrates of color constancy’, in V. Walsch & J.  Kulikowski (Ed.), Perceptual constancy: why things look as they do. Cambridge: Cambridge University Press.

Macpherson, F., 2012. Cognitive penetration of colour experience: Rethinking the issue in light of an indirect mechanism. Philosophy and Phenomenological Research, 84(1), pp.24-62.

Neumeyer, C. 1998. ‘Comparative aspect of color constancy’, in V. Walsch & J.  Kulikowski (Ed.), Perceptual constancy: why things look as they do. Cambridge: Cambridge University Press.

Troost, J. M. 1998. ‘Empirical studies in color constancy’, in V. Walsch & J.  Kulikowski (Ed.), Perceptual constancy: why things look as they do. Cambridge: Cambridge University Press.

https://twitter.com/_tim_hutton_/status/836611814096060416/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=http%3A%2F%2Fwww.bbc.co.uk%2Fnewsbeat%2Farticle%2F39132378%2Fthese-strawberries-are-red-right-wrong

http://www.michaelbach.de/ot/col-strawbsNotRed/index.html

https://pbs.twimg.com/media/C5uoTwUVAAAmtt4.jpg


En savoir plus (technique et en anglais) :

https://www.linkedin.com/pulse/case-red-strawberries-nikhil-rasiwasia

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