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Et si ce vaccin était dangereux ? – Brève d’Utopia #7

La question des vaccins me touche personnellement, et j’ai donc décidé d’aborder cette Brève d’Utopia avec un ton plus “intime” que d’habitude. Merci de votre compréhension.

Il s’agit du texte ayant servit de script pour la vidéo ci dessous :

H1N1

En 2009, une pandémie de grippe A – H1N1 déferla sur le monde. Rien de comparable avec la pandémie de Covid-19, mais les agences sanitaires étaient en alerte rouge, le virus étant un proche parent de celui de la grippe espagnole ayant fait entre 20 et 100 millions de morts entre 1918 et 1919 selon les estimations, il y avait de quoi s’inquiéter.

Une campagne de vaccination a alors été menée par le gouvernement de l’époque. Une campagne qui aura été un fiasco : face à la masse d’informations inquiétantes circulant sur la toile et à la dépense monumentale de 712 millions d’euros de vaccins achetés, les Français avaient des doutes, voire des soupçons.

Les inquiétudes portaient sur les effets de la souche vaccinale (risque de syndrome de Guillain-Barré), des adjuvants (les effets du squalène), du conservateur (les effets du Thiomersal, contenant du mercure), mais également sur les conditions de production. Celles-ci avaient en effet été particulièrement rapides et la technique de culture cellulaire utilisée était alors nouvelle. Ce dernier point rappelle d’ailleurs beaucoup les inquiétudes concernant le vaccin contre la Covid-19.

La grande majorité des français et moi-même ne comprenions pas grand chose à ces questions, mais la graine du doute était semée, et les potentiels conflits d’intérêt n’arrangeaient pas notre perception des choses.

Et j’étais inquiet. Très inquiet.

Oh non, pas pour moi. Mais pour ma fille, qui n’avait alors même pas un an.

Vaccins et incertitude

En quelques clics, il était facile de comprendre que les vaccins, comme tous les médicaments, ne sont jamais sûrs à 100%. Je n’étais pourtant pas anti-vaccins. Même si je savais qu’il y avait de très rares risques associés aux vaccins, je savais aussi que c’était le cas pour tous les médicaments, que le risque 0 n’existait pas.

Pourtant, les incertitudes liées à la nouveauté de ce vaccin et aux critiques qui lui étaient faites renforçaient mes peurs, exacerbaient ma perception des risques et me rendaient encore plus soupçonneux et inquiet.

À la maison, c’était de longues discussions, parfois des disputes entre moi et ma femme. Elle, elle voulait la faire vacciner, notamment parce que la vie en crèche, au milieu d’autres enfants en bas âge, c’était courir le risque de la confronter à la maladie.

Moi, je n’arrivais pas à accepter l’idée de la faire vacciner contre H1N1. S’ il lui arrivait malheur, je ne me le pardonnerais jamais, car je serais responsable. Je le vivais comme si je lui avais moi-même administré une substance qui l’aurait conduite à la mort. Et cette idée était inacceptable pour moi, sa simple évocation me glaçait le sang.

Un peu de bon sens

Ma femme, qui est psychologue de profession, m’a alors fait remarquer que c’était irrationnel parce qu’il y avait moins d’incertitude de l’autre côté : si on ne la vaccinait pas et qu’elle était confronté au virus, vu son jeune âge, elle avait de fortes chances d’y rester. La plus grande incertitude était dans la probabilité d’attraper la maladie, mais si ça arrivait, l’issue avait de fortes chances d’être dramatique.

Donc, nous étions confrontés à deux situations :

Une première situation où il y aurait peut-être d’éventuels risques associés à ce nouveau vaccin, des risques très hypothétiques car on ne savait alors pas si ces risques étaient réels ou juste des peurs infondées. 

Et une seconde situation où nous ne savions pas si notre fille serait exposée au virus ou non, mais dans ce cas là, le risque était bel et bien réel et surtout si elle l’attrapait, le danger était grand.

Donc, entre une situation où tout peut se résumer par des risques dont l’existence restait à prouver, et une autre où seulement une partie relevait de la supposition alors que tout le reste reposait sur des risques réels, il semblait donc logique de préférer la situation qui comprenait des facteurs réels plutôt que celle qui reposait uniquement sur des idées non fondées.

La peur, c’est humain

Et pourtant, à l’époque, j’avais du mal à accepter cette démarche intellectuelle car le sentiment de culpabilité était trop fort.

Si je la vaccinais et qu’elle mourrait ou avait des séquelles, je me serais senti responsable. Si je ne la vaccinais pas et qu’elle mourrait de la maladie… Je serais évidemment effondré, mais ça n’aurait pas été ma faute, mais plutôt celle du destin, ou de la nature, que sais-je… 

Je pense que beaucoup de parents ont ce même sentiment que moi à cette époque. Ce n’est pas de la logique, c’est de l’émotion, un ressenti qui prend sa source au plus profond de nos tripes et qui nous submerge.

La réalité, c’est que c’est un sentiment tout à fait normal. Nous le connaissons tous, mais certains parviennent à mieux contrôler ces émotions, à les confronter à la logique et à privilégier cette dernière.

Mais c’est lorsque j’ai appris l’existence d’un biais cognitif expliquant ce ressenti, que j’ai pu totalement maîtriser mon émotion.

Un biais cognitif, pour faire simple, c’est un automatisme du traitement de l’information qui peut parfois créer des erreurs de perception ou de raisonnement.

Biais d’omission

Le biais en jeu ici est le biais d’omission.

En voici une courte description et vous allez voir qu’il décrit particulièrement bien ce que j’ai pu vivre :

“Le biais d’omission consiste à considérer que causer éventuellement un tort par une action est pire que causer un tort par l’inaction.”

Ainsi, via ce biais d’omission, ne pas agir paraît moins pire que d’agir. Face à l’incertitude, nous préférons donc “laisser faire”.

Les raisons de ce biais sont discutées par la communauté scientifiques, mais plusieurs études ont montré un lien avec un sentiment de culpabilité renforcé. En réalité, il est difficile de savoir si c’est le biais d’omission qui fait naître la peur via un sentiment de culpabilité, ou si le biais nous permet seulement de rendre « cohérente » cette peur, afin de pouvoir la justifier (plusieurs « écoles » s’opposent sur la question de l’origine des biais).

Par exemple, dans une étude sur la question publiée en 2000, les auteurs rapportent des propos écrits par certains sujets de l’étude :

« J’ai l’impression que si j’avais vacciné mon enfant et qu’il était mort, je serais plus responsable de sa mort que si je ne l’avais pas vacciné et qu’il était mort. Cela semble étrange, je sais. Je ne serais donc pas disposé à prendre un risque aussi élevé avec le vaccin qu’avec la grippe. »

Un autre sujet a écrit :

« Je préfère tenter ma chance que mon enfant n’attrape pas la grippe plutôt que d’être responsable d’avoir donné à mon enfant un vaccin qui pourrait lui être fatal. »

Un troisième sujet a écrit :

« Je ne veux pas risquer de tuer un enfant avec un vaccin facultatif. J’aurais été responsable si cet enfant était mort du vaccin.»

Avoir des appréhensions est normal, refuser les risques pour nous et nos proches, c’est on ne peut plus humain… Et c’est ça que je voudrais souligner ici : il n’y a pas de honte ou de culpabilité d’être soumis à ces émotions, ou à ce biais d’omission. C’est humain. Juste humain.

Raisonner ainsi est humain, oui, mais être humain ce n’est pas “raisonner parfaitement dans toutes les conditions”. Il existe de nombreuses façons de nous tromper, et de se tromper soi-même. Nous ne sommes pas parfaits, et il me semble intéressant, voire même important, de connaître les situations ou les mécanismes qui peuvent orienter nos raisonnements dans des directions peu rationnelles. 

Je vous invite donc à bien réfléchir aux raisons qui vous poussent peut-être à vous positionner, et si c’est la peur d’agir, de vous sentir responsable, repensez à tout ce que je viens de vous expliquer, et demandez-vous si, finalement, c’est bien raisonnable. Questionnez la notion “ne pas agir”: La non-action n’est-elle pas déjà une action en soi, puisque vous prenez la décision de ne pas agir ? Aussi, avez-vous cherché à évaluer la balance bénéfice-risque du vaccin à l’aide d’outils en ligne, comme celui du Centre of Research in Epidemiology and Statistics ?

Peu importe la décision que vous prendrez, l’important est que vous vous posiez ces questions, afin de comprendre vos propres choix et de les assumer pleinement.

N’oubliez pas que vous pouvez consulter le billet de blog du Projet Utopia, qui retranscrit le texte de cette vidéo, vous y trouverez les sources et des compléments d’informations.

Pour information : ma fille va très bien, elle est rentrée au collège en septembre 2020 (les images la représentant ont été publiées avec son accord).

Merci à Seb et Muriel pour leur relecture attentive.


Sources :

Tester les bénéfices-risques des vaccins contre la COVID19 :

https://cress-umr1153.fr/covid_vaccines/

Biais d’omission

http://www.psychomedia.qc.ca/psychologie/biais-cognitifs

https://fr.qaz.wiki/wiki/Omission_bias

https://en.wikipedia.org/wiki/Omission_bias

2 études sur Biais d’omission et la question de la vaccination

https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0272989X9401400204

https://www.cambridge.org/core/books/behavioral-law-and-economics/reluctance-to-vaccinate-omission-bias-and-ambiguity/B583694A5C8AB9C878B22A7E1D681DAA

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