Croyances Histoire Paranormal

Harry Price et le paranormal

Tombé presque par hasard sur un article annonçant la sortie du livre Surnaturelles (Philippe Baudouin, ed. Pyramyd, 2022), j’ai été happé par la promesse qui était faite : Présenter des images d’archives, la plupart jamais publiées, en très bonne qualité. Déjà, c’est intéressant en soi, la période est vraiment fascinante et les images que l’on peut trouver sur le net sont généralement de mauvaise qualité et en très basse définition.

Mais aussi l’auteur nous propose une lecture sociologique : le statut de médium serait un moyen émancipateur pour elles, un moyen d’exister au sein d’une société ultra patriarcale. Je trouve l’approche intéressante et pertinente et j’ai espoir d’en apprendre plus en lisant le bouquin (que je viens de me procurer, et qui est magnifiquement édité). Il y a finalement peu de textes (en proportion, peu de pages et écrites gros), mais les photos sont littéralement fascinantes !

Sur la page dédiée au livre sur le site de l’éditeur, on peut y trouver cette photo, qui a de suite attiré mon attention :

Le chercheur londonien Harry Price et sa secrétaire Ethel Beenham en train de tenter de reproduire des photos de spirites sur lesquelles seraient imprimées des apparitions spectrales. A gauche sur la cheminée, une photo de Harry Houdini, le célèbre magicien qui lui aussi traqua les faux spirites.
Le chercheur londonien Harry Price et sa secrétaire Ethel Beenham en train de tenter de reproduire des photos de spirites sur lesquelles seraient imprimées des apparitions spectrales. À gauche sur la cheminée, une photo de Harry Houdini, le célèbre magicien qui lui aussi traqua les fausses et faux spirites. Surnaturelles, Philippe Baudouin, Pyramyd, 2022.

En son temps, Harry Houdini (sur la photo au centre, posée sur la cheminée) travailla à démystifier les faux et fausses spirites (qui étaient très très souvent des femmes). Pour rappel, nous en avions fait une vidéo (directement uploadée depuis 1924, avec forcément une connexion temporelle défaillante…) :

Je ne connaissais pas Harry Price avant de découvrir cette photo, et la présence de la photo (dédicacée) d’Houdini me fait me dire qu’il devait être sceptique concernant le spiritisme.

Ni une ni deux, je cours me renseigner sur la toile. Et effectivement, Price a enquêté sur de nombreux phénomènes paranormaux et son histoire m’a fascinée. D’où cet article. J’espère ainsi pour transmettre l’intérêt que j’ai ressenti pour ce personnage. Ne vous inquiétez pas, ça ne sera pas très long !

Price et Houdini étaient amis, et échangeaient souvent à propos du spiritisme. Il a démystifié plusieurs spirites, ses expériences ont entre autre permit l’emprisonnement d’Helen Duncan, spécialiste de la « régurgitation ectoplasmique », et travailla à retrouver les techniques utilisées par les photographes spirites.

Production d’ectoplasme par Helen Duncan…. Aujourd’hui ce genre de trucage fait sourire ! (la photo n’est pas issue du livre)

Le spiritisme connu un immense succès dans les années suivant la première guerre mondiale, on suppose qu’après avoir perdu des proches, les gens avaient alors besoin de les savoir « quelque part ». À cette époque les photos spirites étaient un moyen de faire le deuil, selon Felicity T. C. Hamer, spécialiste du rôle social de la photographie. Même si aujourd’hui ces montages photos peuvent faire sourire, il faut recontextualiser le phénomène : Les gens n’étaient pas plus crédules à l’époque, des phénomènes socio-psychologiques expliquent très bien qu’on puisse adhérer à ces photos pour des raisons autres que la crédulité, tout comme on explique aujourd’hui le complotisme par différents facteurs sociopolitiques par exemples. Néanmoins, on peut estimer que l’éducation à l’image n’était pas encore suffisamment solide à l’époque, qu’on était moins habitué, et que certains « trucs » pouvaient sembler crédibles à de nombreuses personnes (tout comme aujourd’hui, certains croient que l’absence d’étoile sur les photos lunaires des mission Apollo est une preuve du tournage en studio, alors qu’il s’agit simplement d’une question d’exposition…). Autre exemple, des effets spéciaux qui nous paraissaient crédibles autrefois au cinéma, peuvent nous paraître ratés aujourd’hui car notre regard c’est habitué à un plus haut degré de perfection de ces effets.

Photos spirites. La technique de l’époque était de prendre une 2ème photo par dessus la première, afin d’y imprimer une « apparition » (les parties claires de la 2eme image s’imprimant sur les parties plus sombres de la première). Surnaturelles, Philippe Baudouin, Pyramyd, 2022.

Tout d’abord collaborateur de la Society for Psychical Research (SPR), l’un des plus ancienne et plus important regroupement de scientifiques s’intéressant au paranormal, Price s’en détacha suite à l’affaire Rudi Schneider. Plusieurs membres du SPR soutenant la médiumnité de Schneider et accusant Price d’avoir truqué la photo censé démystifier le médium. Cette controverse à été étudiée par Anita Gregory du SPR en 1977 , partisane de la fraude de Price, mais aussi par bien d’autres si on en crois John L. Randall (du SPR aussi), qui ont critiqué les allégation de Gregory… Si on en croit Randall, l’analyse de Gregory ne tient pas la route et tient de la surinterprétation. Apportant de nouvelles données, il propose lui aussi une interprétation des évènement à mon sens plus solide. Je vous laisse cliquer sur le lien si cela vous intéresse.

En réalité, Price n’était pas si sceptique que ça. Comme son héros et ami Houdini, Price croyait en la médiumnité, à l’existence de phénomènes paranormaux ! Et oui, tous les débunkers ne sont pas forcément des personnes crédules, capable de tout gober juste par désir d’y croire ou de ne pas y croire !

Randall écrit :

Il croyait toujours que Rudi avait une véritable capacité médiumnique et jusqu’à la fin de sa vie, il s’est tenu aux résultats des expériences de 1929, qu’il pensait avoir été obtenues dans des conditions infaillibles. Il savait (et plus tard a admis librement) que le fiasco du 28 avril était entièrement de sa faute ; il avait choisi de ne pas utiliser le contrôle électrique « impitoyable » sur lequel il s’était auparavant tant appuyé, et avait manqué à son devoir de contrôler manuellement le médium. Il savait que la chose honnête et vraiment scientifique à faire était de publier les photographies, d’admettre son échec et d’en assumer les conséquences ; pourtant, il savait aussi que le SPR suivait le principe « Une fois une fraude, toujours une fraude », et cette publication ferait le jeu des sceptiques dogmatiques. Non seulement Rudi aurait honte, mais tout le travail de Price avec le jeune médium serait discrédité – un travail qui, selon Price, était destiné à devenir un classique. Il avait dit que les archives de ses expériences avec Schneider « pourraient un jour orner un musée consacré à la naissance d’une science destinée à révolutionner, peut-être même régénérer, l’humanité » (Price, 1930, p. 219).

Harry Price: The Case for the Defence,  by John L. Randall – Reproduced from the Journal of the Society for Psychical Research (Vol. 64. 3, No. 860) July 2000

Cette tension entre la SPR et Price l’ont conduit à créer le National Laboratory of Psychical Research et se poser en concurrent officiel du SPR. Ce qui n’a pas aidé lors du cas le plus célèbre de Price : le presbytère hanté de Borley !

Ce presbytère dans lequel Price est allé vivre une année pour l’étudier était nommé « la maison la plus hanté d’Angleterre », et Price publia en 1940 un compte rendu des expériences de hantise « réelles » qu’il a pu y observer. Et encore une fois, le SPR s’opposa à ses conclusions et l’accusa de fraude, mais ils l’accusaient d’essayer de justifier le paranormal du lieu, cette fois ! Dans le texte sus-cité, Randall soutient également que ces accusations ne tiennent pas. Ce qui ne veut pas dire que Price avait raison, juste qu’il était honnête. En effet, se tromper ce n’est pas être malhonnête !

C’est intéressant comme trajectoire, car ça montre bien que ces « medium hunters » sont souvent des passionnés du paranormal. Ils ne sont pas CONTRE son existence (bien que certain.es le soient, évidemment), ni POUR (bien certain.es le soient aussi !) ils cherchent juste une investigation qui tienne la route à leurs yeux. Évidemment, leur préconception peut influencer leur analyse, mais il n’empêche que bien souvent, leur désir de découvrir de « vrais phénomènes » est plus fort que leur désir d’avoir raison. Et je trouve ça beau.

Si cette période vous intéresse, je vous engage aussi à découvrir le livre Surnaturelles, s’il ne vous apprendra pas grand chose, il est l’un des plus beau témoignage (en français !) de cette époque.

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