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[Version courte] Néonics, betterave et Le Monde

Ceci est la version courte d’un article plus long et à vocation pédagogique que vous pouvez trouver ici.
Cet article est destiné à synthétiser les conclusions de l’autre article sur le papier de Stéphane Foucart, mais reste insuffisant pour se faire une opinion complète et éclairée sur les néonicotinoïdes. Vous pourrez lire quelques critiques en commentaires, apportant d’autres sources et d’autres visions.

Avant propos : Je ne suis pas POUR les néonicotinoïdes. L’EFSA ayant identifié un risque concernant les abeilles (sauvages et domestiques) et les bourdons, et vu l’importance de ces pollinisateurs (même si je sais bien qu’ils ne sont pas les seuls à faire ce travail), il me semble raisonnable d’en limiter l’usage. Mais j’ai aussi bien conscience que l’interdiction totale, telle qu’elle a été réalisée, est une décision purement politique… Comme le dit l’EFSA dans son communiqué “Questions et réponses : Conclusions 2018 sur les néonicotinoïdes” :

Dans le système de réglementation de l’UE, l’EFSA agit en tant qu’organisme scientifique d’évaluation des risques ; elle apporte son avis scientifique mais ce n’est pas elle qui peut décider d’autoriser ou non les produits réglementés, notamment les pesticides. Ce type de décision relève de la responsabilité de la Commission européenne et des autorités des États membres, en leur qualité de gestionnaires du risque et de législateurs.


La responsabilité du choix revient aux législateurs, et malheureusement, on sait que les politiques ne prennent pas toujours des décisions idéales, mais plutôt des décisions “orientées” (à des fins diverses et soumises à différentes pressions, qu’elles soient de la part de lobbies ou de la simple épée de damoclès électorale…). La décision d’interdire purement et simplement les néonicotinoïdes posait plusieurs problèmes purement objectifs :

  • L’ANSES à relevé 6 usages sans aucune alternative agronomique1)page 7 du rapport : https://www.anses.fr/fr/system/files/PHYTO2016SA0057Ra-Tome2.pdf.
  • L’ANSES note aussi que l’interdictions va conduire à l’utilisation d’une même famille d’insecticide (pyréthrinoïdes) dans 89% des cas, et ainsi entraîner une augmentation des résistances.
  • Dans 22% des cas, il n’y a pas d’alternative “non chimique”.
  • Aussi, il n’y a aucune assurance que certaines des autres alternatives chimiques soient “meilleures”.
  • Enfin, l’abandon de certaines cultures sans alternative, va mécaniquement faire augmenter l’importation, dont l’origine ne permet pas d’assurer la production sans néonicotinoïdes…

    Mon opinion sur la question est qu’il était irresponsable de ne plus permettre l’utilisation de ces substances sachant qu’il n’y avait pas d’alternatives pour plusieurs usages. Il était certes important de réguler, mais il aurait été préférable de mettre en place une sortie progressive, favorisant en premier lieu les cultures sans alternatives, et avec un accompagnement et une réglementation pour des usages sûr.
    Maintenant que mon point de vue (avec lequel vous avez tout à fait le droit de ne pas être d’accord) est éclairci, nous allons pouvoir attaquer le vif du sujet ! Le but de cet avant propos  était de vous permettre d’évaluer ma position de départ et donc mon parti pris éventuel, afin que vous puissiez ajuster de vous-même la valeur que vous donnerez à mes arguments.

Une épidémie qui fait des ravages

Récemment, fin avril août 2020, une épidémie commence à faire parler d’elle dans les médias. Non pas celle du Coronavirus, mais celle de la jaunisse de la betterave. Le gouvernement annonce alors un retour de l’utilisation des néonicotinoïdes pour sauver le secteur de la betterave.

Le journaliste Stéphane Foucart (Le Monde Planète) à écrit un article destiné à démontrer que les arguments qui défendent ce retour des néonicotinoïdes (phytosanitaires contre lesquels il a même publié un livre) ne seraient pas valables. Malheureusement, cet article est réservé aux abonnés, si vous ne l’êtes pas, vous n’aurez accès qu’aux premières lignes… Mais ne vous inquiétez pas, en voici un rapide résumé :

Sur les réseaux sociaux, des élus et des responsables politiques, mais aussi des scientifiques, reprennent en coeur l’idée colportée par l’industrie betteravière selon laquelle le traitement de la betterave par enrobage de semences serait sans risque pour ces insectes. En effet, la betterave à sucre étant récoltée avant floraison, elle ne serait donc pas attractive pour les insectes pollinisateurs.

Ensuite dans un chapitre intitulé : Un risque élevé pour les abeilles, Stéphane Foucart tente de prouver que la science démontre pourtant le contraire.

Argument 1

La guttation (“transpiration” de la plante) contient des quantités non négligeables de néonicotinoïdes et risquent d’impacter les abeilles quand elles s’abreuvent.

Pour prouver cela, Stéphane Foucart nous renvoi vers une étude scientifique qui parle de la présence de néonicotinoïdes dans l’eau de guttation… Du maïs ! Et non pas de la betterave.

Déjà, il est fort probable que la captation des pesticides soit différente entre le maïs et la betterave, mais en plus, l’impact de la guttation ne peut être effectif que si les abeilles viennent boire cette eau. Une question qu’on peut se poser est donc : Les abeilles sont-elles attirées par une zone de culture où il n’y a pas de fleur, alors qu’elles peuvent trouver de l’eau de guttation sur des plantes sur lesquelles elles prélèvent du nectar ?

En cherchant “beet guttation” sur Google Scholar on trouve dans les 3 premières occurrences des preuves que les pollinisateurs ne sont pas attirés par ces cultures et donc ne viennent s’y abreuvoir que très rarement. La contamination par ce biais est considérée comme “improbable”.

Note, parmis ces études, on trouve une méta-analyse, rédigée par l’industrie. Les autres sont des publications venant du secteur public. Une, en particulier, note bien une grande différence entre le niveau de guttation du maïs et celui de la betterave : la guttation de la betterave est beaucoup plus pauvre et également beaucoup plus rare (>90% d’humidité dans l’air).

On peut donc à conclure que l’argument en question est très faible (ce que d’ailleurs l’article reconnaît à demi-mot plus loin).

Argument 2

L’abrasion des graines enrobées due à l’utilisation de semoirs pneumatiques créé un nuage de poussière toxique pour les abeilles.

Il s’agit, encore une fois, d’une étude basée sur le maïs et non pas la betterave ! De plus, il est important de noter que l’étude est ancienne, 2003, et que depuis, il est possible que des efforts industriels ou de techniques agricoles aient été mis en oeuvre pour réduire cet impact. Aussi, il serait bon de vérifier si ces semoirs pneumatiques qui posent problème et qui sont utilisés en maïs sont également utilisés en betteraves. Commençons par ça.

Premier lien trouvé, un site de techniques agricoles : “Seules les betteraves sont encore massivement semées avec des semoirs mécaniques. L’enrobage des graines de betterave est aujourd’hui aussi régulier qu’une bille de roulement. Les dispositifs mécaniques, avec en particulier les disques à échancrures, n’ont ainsi aucune difficulté à sélectionner et distribuer ces graines.” Donc, il semblerait que déjà, on diminue amplement le risque si ce n’est pas le même type de semoirs qui est utilisé. Sur ce lien d’AgroParisTech, on a une rapide explication de cette préférence d’utilisation : réduction des coûts, plus robuste et plus simple d’utilisation.

Ensuite, vu que l’article date de 2003, j’ai fait une rapide recherche sur la réglementation des poussières émises par l’abrasion des graines enrobées. Depuis 2004, suite à diverses études et observations du genre, la réglementation s’est adaptée, cherchant à améliorer la régularité et la qualité générale des techniques d’enrobage, mais aussi la technique pure : en obligeant à l’installation de déflecteurs sur les semoirs, réduisant ainsi de manière drastique la diffusion de la poussière.

Stéphane Foucart donne donc l’impression, en ne citant qu’un article de 2003, que ces risques sont très forts, alors que plusieurs obligations réduisent énormément ce risque.

Notons tout de même que depuis, d’autres études ont signalé ce problème avec des semoirs pneumatiques et du maïs enrobé… Mais dans d’autres pays ! Je n’ai pas réussi à savoir si la réglementation française a réellement eu un effet positif, mais à priori ça devrait être efficace, puisque si les déflecteurs avaient été proposés par la DGAL et l’AFSSA (l’ancienne agence de sécurité sanitaire), c’est que leur performance doit être significative.

Mais rappelons qu’il est juste question du maïs ici, on peut donc se demander “quid de la betterave ?”, pourquoi l’article cité par Foucart n’en parlent pas et les réglementations non plus ?

Et bien tout simplement, parce que l’abrasion des graines de betterave est… Marginale ! Alors qu’elle est plutôt élevée sur le maïs. On peut le lire dans plusieurs publications scientifiques, notamment celle-ci, qui s’intéresse directement à ce sujet. On y lit :

Les pilules de betterave à sucre étaient manifestement très résistantes à l’abrasion (valeur Heubach de 0,03 g pour 100 000 graines). Ce fait a été approuvé par l’analyse de la dérive de la poussière pour l’ensemencement de la betterave à sucre, qui a montré des valeurs de dérive de la poussière inférieures à la LQ, à quelques exceptions près des valeurs d’échantillonneur uniquement (Fent G, 2011, non publié). Il a été conclu que le dépôt de poussière au sol causé par l’ensemencement mécanique de comprimés de betterave à sucre enrobés de pesticides est négligeable.

Encore une fois, Stéphane Foucart fait du Cherry Picking et cherche à nous inquiéter, là où il ne semble pas y avoir d’inquiétude concernant la betterave…

Argument 3

Le rapport de l’EFSA à déterminé l’interdiction des principaux néonicotinoïdes en Europe, dans tous leurs usages. Les betteraves “enrobées”, l’EFSA a jugé « faibles » les risques liés à l’eau de guttation, mais des études indépendantes de l’industrie manquent.

Ah ? Donc l’argument 1 serait à priori caduc ? L’article avoue ici à demi-mot que son premier argument n’en n’est pas vraiment un…

Néanmoins, Foucart souligne que les données indépendantes manquent, si le rapport de l’Efsa le dit, cela doit être vrai (mais personnellement je n’ai pas lu ça dans le rapport, je suis peut-être passé à côté, mais je n’ai trouvé qu’une explication disant que les experts ont reconnu que les études disponibles avaient des limitations 2)Such conclusion was confirmed during the expert meeting related to this assessment (Pesticide Peer Review Meeting 166), despite the experts acknowledged that such an assessment was based on studies presenting major limitations. On the basis of this, no risk assessment from exposure to contaminated guttation fluids was carried out, and a low risk was concluded for winter cereals, sugar beet and potatoes. In addition, considering this, a low risk was concluded for fodder beets. https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2018.5178 ).

Aussi, peu de temps après le rapport de l’EFSA, une étude (indépendante de l’industrie) à été publiée sur le sujet : Investigations on neonicotinoids in guttation fluid of seed treated sugar beet:

Frequency, residue levels and discussion of the potential risk to honey bees, qui conclue :

On sait peu de choses sur la probabilité d’occurrence de fluides de guttation dans la betterave à sucre et sur la mesure dans laquelle son apparition est liée aux conditions météorologiques. Il existe également une incertitude quant à la mesure dans laquelle la concentration de résidus de néonicotinoïdes dans le liquide de guttation de la betterave sucrière traitée avec des semences représente une voie d’exposition environnementale pertinente pour les abeilles mellifères. Dans notre étude en 2009 et 2010, le suivi de la guttation, l’échantillonnage et l’analyse des résidus de néonicotinoïdes dans les fluides de guttation ont été réalisés sur 31 sites de terrain constitués de paysages différents avec une culture fréquente de betteraves sucrières. Des concentrations élevées de néonicotinoïdes dans le fluide de guttation jusqu’à 9 mg de clothianidine L − 1 ont été enregistrées, des niveaux qui entraîneraient des effets mortels pour les abeilles mellifères consommant de telles gouttelettes. Cependant, nous avons démontré que l’occurrence de guttation dans la betterave à sucre était très rare surtout comparée à l’occurrence de guttation dans la végétation adjacente aux champs de betteraves à sucre ou à l’apparition de rosée. Par conséquent, nous avons conclu que les liquides de guttation de la betterave sucrière traitée avec des semences pourraient ne pas être une source d’eau préférée pour les abeilles butineuses. Ainsi, une exposition des colonies d’abeilles mellifères aux néonicotinoïdes dissous dans les fluides de guttation de betteraves sucrières traitées avec des semences est très improbable.

Cela semble corroborer notre réponse à l’argument 1 (les pollinisateurs ne sont pas attirés par l’eau de guttation des plantes qu’ils ne butinent pas), et pourtant, Stéphane Foucart, lui, n’en parle pas.

Et puis même sans cette étude, avec les données que nous disposions à l’époque de l’évaluation de l’EFSA, le risque était faible. Et comme nous ne pouvons pas estimer qu’un risque existe sans aucune donnée, nous pouvons laissons la porte ouverte à ce risque si un jour de nouvelles données surviennent, mais en attendant, nous ne pouvons pas conclure à un risque probable. Nous pouvons encore plus baisser la valeur de l’argument 1.

Ce point soulève aussi une autre question : Que dit l’EFSA sur la question de l’abrasion des graines enrobées de betterave ? C’est étrange de ne pas avoir donné l’avis de l’EFSA sur la question, alors qu’on aimerait bien savoir, du coup.

Argument 4

Il existe un risque de rémanence des néonics dans les sols, considéré comme “élevé” par l’EFSA, entraînant une captation de ces substances par les cultures suivantes. On retrouve donc des néonic (souvent en quantité non négligeable, car les néonics peuvent être toxiques pour les abeilles à très faibles doses) dans l’eau de guttation et le nectar des cultures suivantes.

Puisque l’EFSA le dit, difficile de remettre ça en cause, mais on peut tout de même se poser plusieurs questions : Connaissons-nous suffisamment l’agriculture pour juger de ce qui est fait en réalité sur cette question ? Si les cultures suivantes ne sont pas des cultures qui attirent les abeilles (car sans floraison, par exemple),comme cela est rendu obligatoire par le gouvernement 3)“l’interdiction de planter des cultures attractives de pollinisateurs, suivant celles de betteraves afin de ne pas exposer les insectes pollinisateurs aux résidus éventuels de produits”… En quoi cette question reste pertinente ? Est-ce que la saisonnalité des cultures suivantes (fin automne-hiver) sont des périodes propices aux abeilles (à priori : non) ?

Reste qu’en effet, comme le dit l’article la rémanence des néonics dans les sols semble durer plusieurs années… Tant que la loi n’est pas votée, on ne sait pas sur combien d’années la restriction sur les cultures suivantes (qui ne doivent donc pas être “attractives”) sera imposée. Ça reste un problème potentiel, mais qu’il faut remettre en perspective : C’est peu de surface en jeu sur l’ensemble de la SAU (9% de la Picardie, première région betteravière de France, qui représente à elle seule 1/3 de la superficie et de la production nationale de la filière), et des agriculteurs consciencieux éviterons de telles plantations avant plusieurs années. 

Argument 5

L’application de 60g d’imidaclopride par hectare, sur les 423 000 hectares de betterave à sucre exploités en France, équivaut à environ 25T de produit, soit suffisamment pour tuer 3 millions de milliards d’abeilles, ce qui représente à peu près une chaîne d’abeilles mortes d’environ 30 milliards de kilomètres, soit quelque 40 000 allers-retours de la Terre à la Lune.

Que viennent faire là ces chiffres exorbitants (si ce n’est impressionner et jouer sur l’émotion ?), alors qu’on sait pertinemment qu’il faudrait que toutes les abeilles soient touchées par toutes les molécules d’imidaclopride pour arriver à ce résultat ? Si c’était le cas, il n’y aurait plus d’abeille depuis longtemps, puisqu’on devrait ajouter aussi les 2 autres néonicotinoïdes incriminés… Ici on ressent clairement une orientation dans le propos, là où le reste du texte paraissait plutôt neutre et factuel. Ce passage devrait éveiller la méfiance et rappeler la toute première question (“qui écrit ?”).

Conclusion

Stéphane Foucart défend ici sa thèse, celle qu’il a publié dans son livre : les néonicotinoïdes sont en grande partie responsable du déclin de la biodiversité, et les industriels s’en fichent tant qu’ils font du fric. S’il est en droit de le penser et s’il est important de renseigner la population sur les problèmes liés aux techniques agricoles… Le faire en suggérant que la culture betteravière risque d’occasionner des dégâts catastrophiques (cf son argument 5), alors que ses propres arguments reposent sur… le maïs ! Avouons que c’est au mieux à côté de la plaque, au pire malhonnête…

En réalité, il parle de risques très faibles, mais ne le précise jamais, sauf pour la guttation. Mais dans ce cas, il n’oublie pas de préciser que l’évaluation se base sur des études de l’industrie, pour semer le doute. N’oublions pas que c’est à celui qui affirme de prouver ses dires, pas l’inverse. Aussi depuis, une étude indépendante a confirmé cet aspect de l’évaluation de l’EFSA, ce que le journaliste “oublie” de nous préciser (alors que c’est la PREMIÈRE occurrence Google Scholar sur le sujet !).

Il existe peut-être de bons arguments contre l’usage des néonicotinoïdes sur la betterave (vous en trouverez de meilleurs dans les commentaires, par ex), mais ce n’est pas dans cet article que nous allons les trouver !

Bref, que l’on soit pour ou contre l’usage des néonicotinoïdes sur les betteraves, cet article n’est guère convaincant. Nous avons ici manifestement un article plus militant qu’objectif, destiné à convaincre le public plutôt que de l’informer. J’ai souvent pu lire que Stéphane Foucart était un journaliste orienté (car militant anti-pesticide), je ne saurais dire dans l’ensemble de son travail, mais ici cela semble être le cas. La militance n’empêche pas l’honnêteté intellectuelle, et pourtant cet article en semble bien démuni !

Notes

1 page 7 du rapport : https://www.anses.fr/fr/system/files/PHYTO2016SA0057Ra-Tome2.pdf
2 Such conclusion was confirmed during the expert meeting related to this assessment (Pesticide Peer Review Meeting 166), despite the experts acknowledged that such an assessment was based on studies presenting major limitations. On the basis of this, no risk assessment from exposure to contaminated guttation fluids was carried out, and a low risk was concluded for winter cereals, sugar beet and potatoes. In addition, considering this, a low risk was concluded for fodder beets. https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2018.5178
3 “l’interdiction de planter des cultures attractives de pollinisateurs, suivant celles de betteraves afin de ne pas exposer les insectes pollinisateurs aux résidus éventuels de produits”

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10 commentaires

  1. Catetdid a dit :

    Très intéressant, merci

  2. Factsory a dit :

    Intéressant, mais vous auriez aussi pu faire la liste des arguments que Stéphane Foucart a oublié.
    Par exemple la contamination via le phloème : https://www.pnas.org/content/116/34/16817

    Ou alors rappeler les propos des auteurs du « Worldwide Integrated Assessment » sur les insecticides systémiques (la référence sur le sujet) : However crops that are considered “non-attractive” to honeybees, e.g., cereals, sugar beet, occupy the largest surface of arable land in
    Europe (approx. 60%, Eurostat 2017), still receive considerable rates of neonicotinoid application (Simon-Delso et al. 2015), and current application schemes equally pose risk to non-target organisms, including natural enemies and pollinators (Calvo-Agudo et al. 2019).
    https://doi.org/10.1007/s11356-020-09279-x

    Enfin les problèmes que posent les néonics ne se restreignent pas aux abeilles mais à toute la biodiversité (d’où le problème qu’une grande partie reste dans le sol). Je vous renvoie à la figure 3 du WIA 2 qui illustre cela de manière très parlante https://media.springernature.com/full/springer-static/image/art%3A10.1007%2Fs11356-017-0341-3/MediaObjects/11356_2017_341_Fig3_HTML.gif
    Voyez également cet article récent qui analyse l’effet des néonics sur les oiseaux (ils ne mangent pas les fleurs) : http://www.nature.com/articles/s41893-020-0582-x

    Tout cela montre que la production de fleurs n’est pas indispensables pour que les néonics posent un problème à la biodiversité

    1. Mr Rabbit a dit :

      Bonjour, merci de votre commentaire.
      La question de la surface est pertinente, mais complètement foireuse ici, car vous donnez les valeurs pour l’Europe… En France, la production de betterave sucrière représentait en 2018 286100ha. Soit environ 1,7% de la SAU (en arrondissant au supérieur). Source : https://fr.statista.com/statistiques/990389/betterave-sucriere-surface-de-production-en-france/
      Donc, il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici du désastre écologique annoncé que ce retour momentané des néonics.
      En réalité, ce qui serait intéressant, c’est d’avoir un suivi des exploitation qui vont les réintroduire, afin de voir si certains effets annoncés sont effectifs (sur les oiseaux notamment).

      Sinon, je ne vous contredit pas sur les autres arguments, il n’ont pas été interdits pour rien. Néanmoins, il faut bien remettre ça en perspective de la balance avantages/inconvénients, avec la durée limitée de la réintroduction, et la surface agricole touchée. Comme vous le dites sans le dire : on parle beaucoup de l’impact sur les abeilles, mais finalement, c’est plus l’impact sur les organismes non-cibles qui pose problème. Car en réalité, les abeilles sont probablement relativement peu touchée (sauf peut-être dans le grand est). En effet : les Hauts de France, représentant la moitié des surfaces cultivées en betteraves sucrières, est la région la moins peuplée en abeille domestique (et aussi probablement en abeille sauvage, je n’ai pas trouvé d’info là dessus).

      néanmoins, puisque cet article pourrait donner l’impression que je suis pro-NNI, puisque je ne fournis pas tous les aspects du problème, j’ai fait un rappel en début d’article.
      Bonne continuation.

      1. Factsory a dit :

        Bonjour,
        Je ne citais pas vraiment cet extrait pour la surface mais plus sur le fait que cela pose des problèmes aux organismes non ciblés.

        En fait votre argument principal est : la surface cultivée est faible, donc peu importe qu’on réautorise car l’impact sera minime. Finalement qu’il y ait ou non des poussières de néonics lorsqu’on plante, risque via la guttation n’est pas important.

        Et à cet argument, on peut répondre que justement le risque est l’extension de cette autorisation et cette extension serait bien moins difficile à mettre en place puisque le projet de loi ne mentionne pas la betterave, c’est seulement un arrêté qui le précisera. Pour étendre il suffira de modifier l’arrêté, sans tambour ni trompette.

        1. Mr Rabbit a dit :

          Celà permettra justement un recours plus rapide aux NNI si besoin, tant qu’il n’y aura pas de réelles alternatives viables.
          Maintenant espérons qu’il n’y aura pas de jaunisse chaque année ! Mais le risque que vous énoncez reste purement hypothétique, et il faudra réagir en fonction des décisions prises par le gouvernement (je suis par exemple contre une application de cette loi pour la filière Maïs, vu ce que j’ai pu apprendre en faisant des recherches pour cet article).

          1. Désolé de revenir sur le tard, mais en relisant je me rends compte que mes réponses étaient pour partie hors-sujet.

            Je réalise également que je me suis fait avoir par votre présentation (déformée) de l’article de Foucart. Tout le propos de son article est de montrer que l’argument général selon lequel l’absence de floraison ne signifie pas une absence de risque est infondé. C’est bien ce que dit sa phrase : « De nombreux travaux scientifiques ont pourtant montré que même en l’absence de floraison des cultures traitées, les néonicotinoïdes représentent un risque élevé pour les abeilles, les pollinisateurs et les insectes auxiliaires des cultures. ». Mais c’est aussi ce que dit le titre de l’article !
            Or vous restreignez le propos aux effets sur les betteraves. Ce n’est pas son sujet, vous caricaturez donc son propos. Votre restriction aux betteraves est d’autant plus problématique qu’il commence son article en parlant des maïsiculteurs qui voudraient bien étendre l’interdiction. Facile dans ces conditions d’accuser l’article de Foucart d’être (au pire) malhonnête.

            Prenons la guttation, les betteraves sont peu concernées ? La belle affaire. Vous reconnaissez que les néonics contaminent au-delà du champ. Les plantes environnantes seront donc contaminées. Et à l’heure où on dit qu’il faudrait replanter des haies, cela signifie avoir des haies contaminées (pollen + nectar + guttation [+ phloème si j’ajoute mon argument perso mentionné ci-dessus]). La belle idée. Le problème est le même sans haies, pour les cultures avoisinantes (à moins de trouver des cultures sans pollen, sans nectar et sans guttation ?)

            De même pour les cultures des années suivantes. La contamination des champs fait que la guttation (ou le pollen/nectar) concernera les cultures suivantes.

            Enfin vous en arrivez à minimiser la surface concernée. Vous affirmez, document à l’appui, que cela ne concerne que 9% de la SAU de la Picardie (soit 6% de la surface totale de la Picardie). Vous avez malencontreusement oublié la suite de la phrase dans le document « ce sont la moitié des exploitants qui cultivent la betterave ». Sachant cela et que la contamination ne se restreint pas au champ de betteraves, quel pourcentage de la surface picarde sera intoxiqué par les néonics au bout de quelques années ? A priori une proportion très loin d’être négligeable.

            On parle donc de contaminer une proportion significative du territoire de certaines régions françaises, avec des conséquences certaines sur la biodiversité, tout cela afin d’éviter de perdre 30% de rendement de betteraves, lors de conditions climatiques exceptionnelles.

            Vous disiez, avec une maîtrise certaine de l’euphémisme, que les politiques « ne prennent pas toujours des décisions idéales ». Sous ce jour-là, diriez-vous que la réautorisation des néonics pour les betteraves était la meilleure décision à prendre ?

          2. Mr Rabbit a dit :

            Gageons donc que la structure de son article n’était pas rigoureusement précise sur ce qu’il cherchait à dénoncer. Et a mon humble avis, il a surtout parlé du maïs pour noyer le poisson et suggérer que c’était pareil pour la betterave. Je cite son introduction, juste avant d’enchainer avec ses exemples tirés du maïs, il parle de la betterave et enchaîne sans transition :
            « Le succès obtenu par les betteraviers repose largement sur un argument de bon sens apparent : la betterave à sucre étant récoltée avant floraison, elle ne constitue pas une culture attractive pour les abeilles et les pollinisateurs. Le traitement de la betterave par enrobage de semences serait donc sans risque pour ces insectes. Mis en circulation par les milieux de l’agro-industrie et repris par le ministère de l’agriculture dans sa communication, cet argument a été largement repris sur les réseaux sociaux par des élus et des responsables politiques.

            Lire aussi Le gouvernement défend la réautorisation des néonicotinoïdes pour « garder une filière sucrière en France »

            Selon un schéma désormais récurrent, il a également été adoubé par des personnalités scientifiques s’exprimant généralement hors de leur champ de compétence. « Si l’insecticide a été interdit pour de mauvaises raisons, ce serait une faute politique que de ne pas le réautoriser, a par exemple déclaré, le 8 août, sur Twitter, le médecin et universitaire Jean-Loup Salzmann, ancien président de la Conférence des présidents d’université (CPU). En enrobage de semence de plante ne fleurissant pas, il n’y a aucun danger pour les butineurs. La politique doit s’appuyer sur la science. » »

            Et ensuite,il enchaine avec son premier chapitre, qui parle du mais (sans qu’il précise qu’il s’agit du maïs):
            De nombreux travaux scientifiques ont pourtant montré que même en l’absence de floraison des cultures traitées, les néonicotinoïdes représentent un risque élevé pour les abeilles, les pollinisateurs et les insectes auxiliaires des cultures. Les gouttelettes d’eau (ou « eau de guttation ») exsudées par les plantes, et auxquelles des pollinisateurs peuvent venir s’abreuver, sont par exemple une voie d’exposition. Celle-ci a été mise en évidence en 2009 par des chercheurs italiens, et publiée par le Journal of Economic Entomology. » (une étude sur la maïs, donc),etc, etc

            Pour la question de la SAU en Picardie, en s’en fiche que ce soit la moitié des exploitants, ce qui compte c’est la proportion de terrain utilisée. 9% ici, donc.
            Je ne sais pas si la décision était la bonne, ce que je vois là, maintenant, plusieurs mois après, c’est que les agriculteurs râlent, parce qu’ils n’ont pas le droit de planter des espèces attractives pour les pollinisateurs maintenant qu’ils en ont fini avec la récolte de betterave… Bah, ouais les gars, on peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre, et les pollinisateurs. Donc au final, ca emmerde tout le monde cette histoire…

  3. Janine Kievits a dit :

    Bonjour,
    Le seul petit problème c’est que les néonics n’ont pas tendance à rester à l’endroit où on les a appliqués… Le fait que les abeilles ne fréquentent guère la betterave ne garantit nullement qu’elles sont à l’abri de la contamination générée par le traitement de cette culture. Voyez par exemple la publication Wintermantel et al. 2019 « Neonicotinoid-induced mortality risk for bees foraging on oilseed rape nectar persists despite EU moratorium ». En cause, selon l’hypothèse des chercheurs, la mobilité des néonics dans les eaux. Ils sont aussi, pour cette raison, de grands contaminants des eaux souterraines et de surface.
    On parle toujours abeilles à propos des néonics mais la contamination qu’ils génèrent concerne bien plus largement toute l’entomofaune.
    Merci pour votre analyse,

    1. Mr Rabbit a dit :

      Oui, merci de le rappeler. C’est pour ce genre de raison qu’il était nécessaire de réguler. Mais rappelons-nous que le retour des néonicotinoïdes sur la betterave sucrière ne représente qu’1,68% de la surface agricole utile en France. C’est pas comme si on les autorisait sur les cultures céréalières (env 33% de la SAU), on est probablement loin du désastre écologique annoncé par certains.

    2. Article militant, ce qui transparaît dès le titre. Ils n’ont pas mesuré les risques de mortalité pour les abeilles mais la présence de néonics dans les plantes, et à partir de cela fait des évaluations sur la base de modèles et de simulations.

      http://seppi.over-blog.com/2020/08/neonicotinoides-colza-et-abeilles-une-bien-curieuse-et-militante-etude-de-la-zone-atelier-plaine-val-de-sevre-du-cnrs.html

      Pour une étude faite selon les règles de l’art :

      http://seppi.over-blog.com/2019/03/un-neonicotinoide-et-les-abeilles-coexistence-pacifique.en-suede.html

      Wintermantel en était un des auteurs…

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