Si bon, le bio ?

Une méta-analyse parue le 10 mars 2017, et réalisée par Verena Seufert et Navin Ramankutty de l’université de British Colombia à Vancouver, donne une conclusion nuancée et intelligente de la situation actuelle où le Bio et l’agriculture conventionnelle sont toujours montrés en opposition.

Ils oublient de parler des OGM, et de la déforestation (qui serait plus grande en bio), mais l’ensemble reste pertinent et intéressant.

Sa conclusion :

Les critiques et les défenseurs de l’agriculture biologique semblent souvent décrire des réalités différentes. Bien qu’il existe des preuves appuyant les arguments des deux parties, aucune des deux parties n’a tout à fait raison, et il existe une grande incertitude dans de nombreuses dimensions. L’agriculture biologique présente des avantages évidents et des caractéristiques prometteuses, par exemple son influence positive sur la biodiversité locale, la productivité élevée dans certaines circonstances ou la subsistance des agriculteurs pauvres dans certaines situations. Cependant, de nombreuses questions et préoccupations restent en suspens, comme la disponibilité de N (Azote) et la superficie totale requise, l’accessibilité et l’influence sur les pertes de N (Azote) du système.

Il est également important de souligner que la performance relative de l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture conventionnelle varie considérablement et dépend fortement du contexte et que les estimations de la performance moyenne ont une utilisation pratique limitée. Les études que nous avons examinées montrent des performances du bio supérieures pour les rendements des cultures fourragères, pour la biodiversité des plantes et des pollinisateurs dans les systèmes arables et les paysages simples, pour la qualité de l’eau dans les systèmes arables utilisant de faibles apports en azote, pour les moyens de subsistance des agriculteurs qui participent à des réseaux alimentaires alternatifs et qui sont situés dans des régions à faible coût de la main-d’œuvre, pour la santé des consommateurs dans les régions présentant des carences en micronutriments et des résidus élevés de pesticides sur les denrées alimentaires (pays pauvres, ou en voit de dévellopement. ndla), et pour les prix à la consommation dans les marchés de l’ASC. En revanche, l’agriculture biologique est moins performante pour les rendements des cultures céréalières, ainsi que pour la biodiversité des oiseaux dans les pâturages et les grandes régions agricoles, pour la qualité de l’eau des systèmes horticoles utilisant des amendements biologiques, pour les moyens de subsistance des agriculteurs sans accès aux prix élevés et pour son prix ​​à la consommation sur les marchés de gros habituels. Notez qu’il peut y avoir des compromis entre ces facteurs contextuels. Par exemple, la performance de rendement bénéficie d’entrées de d’azote élevées, mais la qualité de l’eau ne va pas; De même, les systèmes horticoles biologiques présentent des avantages particuliers pour la santé des producteurs en raison de la réduction de l’exposition aux pesticides, mais ils ont un faible rendement énergétique et une perte de N (Azote) et de P (Phosphore).

L’objectif déclaré de l’agriculture biologique est «d’obtenir des agro-écosystèmes optimaux qui soient socialement, écologiquement et économiquement viables». Notre étude met en lumière les cibles stratégiques potentielles visant à améliorer la performance du bio en fonction de cet objectif ambitieux, notamment: (i) des programmes de recherche ciblés visant à développer de nouvelles variétés pour des conditions propres à la gestion biologique et au développement de pesticides bio efficaces et sélectifs; (Ii) une meilleure focalisation sur les meilleures pratiques environnementales en matière de réglementation biologique; (Iii) l’amélioration des services de recherche et de vulgarisation sur les meilleures pratiques biologiques; (Iv) le développement des marchés biologiques nationaux et la certification biologique, en particulier dans les pays à faible revenu; (V) les subventions aux agriculteurs biologiques pour alléger les coûts de production et de main-d’œuvre plus élevés pendant la période de transition; (Vi) réglementation des droits du travail; (Vii) développement d’étiquettes de commerce équitable (nationales) couplées à la certification biologique; Et (viii) l’amélioration de l’accessibilité des produits biologiques aux consommateurs à faible revenu en réduisant les primes biologiques grâce aux subventions des agriculteurs ou des consommateurs. Enfin, l’adoption de l’agriculture biologique pourrait être particulièrement bénéfique dans ces conditions et contextes où il a été démontré que le rendement était satisfaisant.

Cependant, l’agriculture biologique ne peut pas être le Saint Graal pour nos défis durables en matière de sécurité alimentaire. Premièrement, les résultats sont incertains (étant donné l’ambivalence des avantages sociaux et environnementaux des pratiques biologiques actuelles). Deuxièmement, étant essentiellement un système de production, l’agriculture biologique a des limites dans sa capacité à transformer le système alimentaire. D’un point de vue environnemental, d’autres changements au système alimentaire (par exemple, la réduction des déchets alimentaires et des changements dans l’alimentation) pourraient avoir des avantages plus importants. Du point de vue de l’équité, l’agriculture biologique fait face à une main-d’œuvre agricole, aux moyens de subsistance des agriculteurs et aux défis de l’accès des consommateurs, semblables à l’agriculture conventionnelle, et nous avons besoin de changements plus fondamentaux dans la façon dont nous produisons, distribuons et consommons nos aliments pour améliorer ces conditions. La question demeure de savoir si l’agriculture biologique, intégrée dans des visions alternatives du système alimentaire et conçue comme un mouvement plutôt que comme une pratique de production, pourrait contribuer à un système alimentaire plus juste.

D’un point de vue politique général, nous concluons que l’agriculture biologique offre de nombreux avantages et qu’elle pourrait constituer une partie importante d’une série de stratégies visant à améliorer la durabilité et l’équité de notre système alimentaire. En outre, l’influence de l’agriculture biologique s’étend au-delà de 1% des terres agricoles actuellement couvertes. De nombreuses fermes conventionnelles ont, au cours des dernières années, intensifié l’utilisation de pratiques biologiques telles que le labourage de conservation, les cultures de couverture ou les compost. L’expansion de l’agriculture biologique et l’intégration des pratiques de gestion biologique réussies dans l’agriculture conventionnelle sont des étapes importantes à franchir.

En d’autre termes, l’agriculture Bio a de nombreux avantages, mais des inconvénients de taille (notamment le rendement plus faible, et certains produits plus polluants encore). Il convient donc, plutôt que de rêver au « tout biologique », de s’assurer et de lutter pour l’intégration rapide des éléments efficaces en bio dans l’agriculture conventionnelle, mais conserver les techniques du conventionnels qui restent indispensables dans notre mode de consommation actuel (C’est d’ailleurs la conclusion également d’un rapport de la FAO : http://www.fao.org/ag/save-and-grow/fr/6/index.html ). L’information citoyenne doit elle aussi se répandre afin de modifier les comportement alimentaires nocifs de masse.

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La méta-analyse :

http://advances.sciencemag.org/content/3/3/e1602638.full

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