Le naturel, c’est mieux ! – Brèves d’Utopia #4

Notre anxiété face à notre alimentation s’explique par l’histoire de notre espèce. Aujourd’hui, dans nos pays industrialisés, nous avons un accès facile à une nourriture saine et particulièrement sécurisée. Mais il n’en a pas toujours été ainsi : l’humain étant omnivore, il a besoin d’une alimentation diversifiée. Mais si la nature nous propose un vaste choix de plantes, fruits et céréales, plus de 350 000, la grande majorité de ces plantes sont vénéneuses pour les mammifères que nous sommes. Seulement quelques centaines sont comestibles. Ajoutons à ça les bactéries et autres champignons toxiques qui peuvent s’y accoler. C’est donc tout naturellement que surgit la suspicion pour la nouveauté alimentaire, voire même l’aversion au moindre petit début de doute.

Voir la vidéo ici : https://youtu.be/TuWrejZE8i8

Ainsi, à cause de cette suspicion, nous allons être particulièrement méfiants de tout aliment nouveau ou inconnu. Et rien de plus humain, finalement.

Mais nous avons aussi la fâcheuse tendance à nous méfier de ce qui ne serait pas “naturel”. Comme les conservateurs, par exemple. Quand bien même ceci sont là pour nous protéger, justement, de choses tout à fait naturelles, comme certaines bactéries et mycotoxines. La nature est dangereuse et depuis la domestication du feu ou de l’outil, l’humain n’a de cesse de tenter de la maîtriser pour survivre.

Il n’est donc pas pertinent de considérer qu’un produit serait meilleur qu’un autre sous prétexte qu’il ne serait pas altéré par l’homme, et donc plus naturel. Ce qui ne signifie pas que les altérations en question ne posent jamais problème, mais juste que ce n’est pas un critère suffisant pour conclure.

Aussi, bien souvent, des produits qui nous semblent sains et naturels aujourd’hui le sont car ils ont été modifiés par la main humaine. Les cucurbitacés, par exemple : Courges, concombres et courgettes ont été patiemment sélectionnées au fil du temps afin de limiter l’apparition du gène responsable de la sécrétion de cucurbitacine, une substance cytotoxique. On pourrait aussi citer la Stévia, fameux édulcorant naturel à la mode au début des années 2010. La stévia rebaudiana, dans son état naturel, est toxique et perturbateur endocrinien, et a même été utilisée en tant que contraceptif oral par les Indiens du Mato Grosso. Diverses études, des années 60 jusqu’à nos jours, tendent à le démontrer également, bien que l’ensemble des données soient parfois contradictoires, poussant certains pays comme le japon à l’adopter assez tôt comme édulcorant. En europe, son autorisation fut repoussée pendant 25 ans, à cause des doutes soulevés par un grand nombre d’études, avant d’en autoriser un premier extrait purifié à 95% en 2007, puis un autre purifié à plus de 97% en 2009.

Il a donc fallu largement altérer le produit pour pouvoir le consommer sans risque pour la santé, et il reste d’ailleurs interdit à la vente dans son état naturel en tant que denrée alimentaire à cause de sa nocivité.

Notons que la Dose Journalière Admissible de la Stevia, fournie par l’EFSA, est de 4 mg/kg/j, alors qu’elle est de 40 mg/kg/j pour l’aspartame, un édulcorant de synthèse souvent décrié. C’est à dire que nous pouvons consommer 10 fois plus d’aspartame que de stévia, sans plus de risque pour sa santé, autre que celui qu’apporterait n’importe quel autre produit au goût sucré

Ce n’est donc pas parce que quelque chose est moins “naturel” qu’il est forcément moins bon, ce qui compte ce n’est pas son statut de naturel ou d’artificiel, mais bien les données toxicologiques et sanitaires récoltées avec le temps.

La composition chimique d’un composé naturel toxique contenus dans les cucurbitacés non sélectionnés par l’homme : la cucurbitacine.

N’hésitez pas à consulter le blog du Projet Utopia, afin de consulter les sources et avoir des informations supplémentaires sur la Stevia.

Annexes « Naturel vs non naturel » :

ANNEXES sur la Stévia :

Stevia, avis de la Communauté Européenne en 1999 :

“Les feuilles de stévia rebaudiana ont été utilisées par les indiens du Paraguay dans le thé comme contraceptif masculin. De plus, des extraits de stévia rebaudiana […] donnés aux rats dans l’eau potable ont été signalés comme induisant une infertilité pour des périodes allant jusqu’à deux mois [1]. Une toxicité pour les organes cibles dirigée vers le système reproducteur masculin, qui par la suite pourrait également affecter la fertilité, ne peut être exclue des études sur les animaux.

Plusieurs études sur les extraits de stevia rebaudiana rapportent des effets sur le système reproducteur masculin, tels que la réduction de la spermatogenèse, la diminution du poids des vésicules séminales et la prolifération des cellules interstitielles dans les testicules [2]. L’administration d’extraits aqueux de S. rebaudiana (correspondant à 0,667 g de feuilles séchées / ml, 2 ml / rat deux fois par jour) pendant 60 jours au rat a réduit le poids des vésicules séminales d’environ 60% [3]. Mazei-Planas et Kuc [1] ont montré qu’une décoction d’eau d’extraits de stevia rebaudiana réduisait la fertilité à 21% par rapport à 100% chez les rats témoins. La fécondité est restée réduite (47%) après une période de récupération de 50 à 60 jours. Cependant, dans la plupart des études anciennes sur les performances de reproduction, la dose administrée a été faible et non comparable à celles utilisées dans d’autres études toxicologiques. En outre, les extraits de stévioside administrés ont chimiquement pas été décrit de manière adéquate.”

Aux taux de purification actuels (95 et 97% !) la toxicité de l’extrait de stevia et son aspect perturbateur endocrinien sont ramenés à des doses tolérables, et ont conduit en 2007 l’AFSSA à autoriser le stéviol dans l’alimentation humaine, et le rébaudioside A en 2009, après 25 années de rejet.

Mazei-Planas G. and J Kuc. Contraceptive properties of Stevia rebaudiana. Science 162:1007, 1968.

Yamada A., S Ohgaki, T Noda and M Shimizu. Chronic toxicity study of dietary Stevia extracts in F344 rats. J. Food Hyg. Soc. Japan 26:169-183, 1985

Oliveira-Filho RM., OA Uehara, CA Minetti and LB Valle. Chronic administration of aqueous extract of Stevia rebaudiana (Bert.) Bertoni in rats: endocrine effects. General Pharmacology 20:187-191, 1989.

En complément une thèse en pharmacie, datant de 2014_2015 :

http://dune.univ-angers.fr/fichiers/20021367/2015PPHA3486/fichier/3486F.pdf

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